Toulouse – Pornic : On rentre à la maison !

Nous quittons Toulouse avec un moteur comme neuf. L’huile de friture est dorénavant bannie à bord du bateau, le réservoir bâbord qui jusqu’à présent contenait notre mélange huile/gazole a été vidé, nettoyé puis rempli avec du gazole pur.

La deuxième partie du canal dans Toulouse est assez glauque, nous passons dans des écluses remplies de déchets et traversons des quartiers peu recommandables. Suite à ça, nous longeons l’autoroute pendant 30km et enfin, à la fin de la journée nous arrivons dans des zones plus sauvages. Nous sommes maintenant sur le canal latéral à la Garonne. Ici le passage est recommandé pour des bateaux ayant jusqu’à 1,60m de tirant d’eau, trop facile! Les écluses sont automatiques, peu avant d’arriver à l’écluse il nous faut tirer sur une perche suspendue au dessus de l’eau pour actionner les portes. Système très pratique mais qui limite les échanges humains, les éclusiers n’existant plus ici… Enfin, comparé au canal du midi, celui-ci est très droit. Il nous arrive de tracer de grandes lignes droites de plusieurs kilomètres sans un seul virage, un peu monotone, on vous le fait pas dire!

Néanmoins, nous arrivons dans le pays du canard! Ici, on mange bien et les petites villes que nous traversons sont charmantes.

Montech

L’automne est de plus en plus présent, les couleurs des arbres sont magnifiques et les feuilles des platanes tombent continuellement. Ce dernier point devient de plus en plus problématique : à certain moment nous avons l’impression de naviguer sur un océan de feuilles et souvent à la sortie des écluses, l’hélice fait des bruits étranges et ne pousse pas le bateau à plus de 2 nœuds. Il semble que des agglomérats de feuilles obstruent l’hélice, il nous faut alors faire une marche arrière pour les dégager.

mer de feuilles

La seule grande ville dans laquelle nous passons est Agen. A la sortie de la ville, un pont canal nous permet de passer au dessus de la Garonne. Le vieux pont en pierre est magnifique et la vue d’en haut est très impressionnante, ça fait toujours bizarre de passer sur un cours d’eau au dessus d’un cours d’eau…

pont canal Agen

Grâce à notre nouveau vélo acheté à Toulouse, un membre de l’équipage part faire des courses pendant que les deux autres continuent à faire avancer le bateau. Nous nous retrouvons 3 écluses plus loin sans avoir perdu une minute. De plus, les péniches de touristes sont moins louées par ici et avec la saison déjà bien avancée, nous ne croisons pratiquement personne sur l’eau.

Nous nous retrouvons donc devant la dernière écluse du canal latéral seulement 4 jours après avoir quitté Toulouse. Nous y passons la nuit car il nous faut attendre le lendemain matin pour que la marée soit haute sur la Garonne, sans cela l’écluse de sortie est impraticable. Pour passer la nuit, nous utilisons pour la première fois les fameux piquets que nous avons depuis Sète et qui servent à amarrer le bateau quand il y a ni arbres, ni taquets à proximité.

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Cassandre a quitté le bateau et nous sommes à nouveau deux (Adrien et Olivier). Nous passons la dernière écluse (de 6 mètres de haut tout de même) et nous voilà enfin sortis des canaux! Après près de 3 semaines passées sur une eau plate, nous redécouvrons la navigation sur un fleuve quelque peu mouvementé. Il y a des bouées de chenal, des troncs qu’il faut éviter et du courant, beaucoup de courant. Les coefficients de la journée sont de 100 et grâce à eux, nous défilons à plus de 9 nœuds sur la Garonne.

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Il nous faudra environ 4 heures pour rejoindre Bordeaux. Nous accostons au ponton d’honneur juste après le pont de pierre. Ici, nous retrouvons notre ami Adrien (alias Guigui) et sa copine Maureen. Ca tombe bien on est samedi, c’est halloween et il y a la finale de rugby, le programme s’avère chargé.

Le lendemain, nous sommes forcés de nous déplacer à Lormont, un quartier au NE de Bordeaux, car l’amarrage n’est plus sécurisé ici. En effet, le vent s’est levé et avec lui un clapot qui fait bouger le bateau et tire violemment sur les amarres. L’après-midi, nous retrouvons la quasi-totalité de la famille d’Olivier, (une grande partie habite Bordeaux) et le soir nous retrouvons Alix chez ses parents (eux aussi habitent près de Bordeaux).

Le lundi, nous devons mater sur le petit ponton de Lormont. Une petite grue y est installée, elle doit être suffisamment grande pour le mât principal. Le rendez-vous pour gruter est à 14h et les types se pointent à 15h, ça commence bien! Ils essayent de mettre la grue en marche mais cette dernière ne veut rien entendre. Ils bidouillent les câbles mais toujours rien. La gestion du ponton est certes compliquée : trois organismes gravitent autour à savoir la mairie de Lormont, le club de voile de Lormont et le club des plaisanciers. Résultat des courses : tout le monde se renvoie gentiment la balle. On réalise que la grue n’est pas prête de fonctionner, ni aujourd’hui, ni demain. Rapidement, on monte un plan B. La marée est encore descendante pendant 3 heures, c’est tout juste suffisant pour atteindre Pauillac. Mais il nous faut récupérer Catherine, la mère d’Adrien à la gare de Bordeaux dans 3 heures. Heureusement, le père et le frère d’Alix sont venus nous filer un coup de main. Gaël, le frère d’Alix part avec Adrien en bateau pendant qu’Olivier part en voiture avec Hervé, le père d’Alix. Le deuxième groupe passera chercher Catherine à la gare et retrouvera les autres à Pauillac. Mission accomplie! Nous arrivons tous en même temps au port de Pauillac.

Le lendemain, devant la grue, on sent que cette fois ci, les gars savent de quoi ils parlent. En moins d’une heure les deux mâts sont en place et nous sommes prêts à repartir! Seul petit contre temps, la partie basse du ridoir du bas hauban avant tribord est tombée à l’eau (sans doute pendant le canal), il nous faudra la racheter à Royan parce qu’ici il n’y a pas de magasins d’accastillage.

remâtage

Encore avec la marée descendante, nous rallions Royan en moins de 4 heures. On a encore du boulot sur les mâts : il faut retrouver la pièce manquante des ridoirs, régler plus en détail la tension des haubans et refaire les raccords des câbles électriques. Cette dernière partie nous posera quelques problèmes car le câble des feux de mât a été sectionné. Nous devons souder de nouveaux câbles et rendre tout cela étanche. Finalement, le lendemain, c’est à 13h que nous sommes prêts à partir.

Un vent de sud est censé être avec nous toute la semaine, c’est idéal pour remonter jusqu’à Pornic. Seulement, lors de la première étape jusqu’à Saint-Denis d’Oléron, le vent se révèle moins fort que prévu. Nous faisons toute la route au moteur avec la grand voile pour gagner quelques dixièmes de nœuds. La seconde étape commence aussi au moteur. Nous avons de plus en plus l’impression d’avoir remis les mâts pour rien, mais vers midi, le vent se lève enfin et nous arrivons aux Sables d’Olonne sous spi. Là-bas, nous déposons Catherine et nous retrouvons Léo, qui vient faire la fin du périple avec nous. Nous en profitons pour revoir Gwen, notre conseiller diesel à distance (http://www.gwenmarinevolvopenta.com/) qui nous a tant aidé pendant tout le voyage, encore merci à lui! Il inspecte notre moteur et nous parlons huile de friture. Une solution à notre problème serait d’installer un échangeur qui pré-chaufferait l’huile avant son injection dans la chambre de combustion… Il nous donne la pièce que nous installerons peut-être pendant l’hivernage du bateau.

Le lendemain, nous partons pour l’ile d’Yeu et il fait moche. On sent que nous approchons de la maison!

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Même si l’on voit l’artimon hissé derrière nous, les voiles ne sont pas suffisantes pour nous propulser et une fois de plus nous faisons du moteur/voile.

Après une courte nuit à l’ile d’Yeu, nous entamons la dernière étape vers notre point de départ, Pornic. Peu de temps avant l’arrivée, nous retrouvons Mathieu sur l’eau, il navigue sur son nouveau trimaran de 6m50. Dur de nous accorder sur les vitesses : malgré notre spi qui nous tire à 5 nœuds, Mathieu sera obligé d’affaler son foc et de prendre deux ris dans la grand voile pour ne pas nous dépasser à toute allure.

sous spi mistral et Karukera

Maintenant, il ne nous reste plus que 3 milles avant d’entrer dans le port. Toutes nos familles nous attendent, déjà nous les voyons en train de nous photographier de la plage. Nous passons la digue et avec un léger pincement au cœur, nous posons le pied sur ce ponton que nous avons quitté 7 mois plus tôt. Et c’est la fête, les retrouvailles, la bonne humeur et les anecdotes qui fusent.

arrivéePornic

Nous passons tous une excellente soirée qui nous sort momentanément de notre rythme de marins mais le projet ne s’arrête pas là… Un passage à Nantes, une intervention au salon nautique de Paris, la découverte de l’état de la quille quand nous sortirons le bateau de l’eau?? Nous en parlerons dans le prochain article.

Canal du Midi : passera, passera pas ?

Karucanal

Arrivés à Palavas-les-Flots, nous retrouvons Alix, qui travaille à Montpellier, et Léo, revenu naviguer quelques semaines. Nous retrouvons aussi un peu du confort des sédentaires : pouvoir prendre autant de douches que l’on veut, profiter du canapé au sec tandis qu’il pleut à verse dehors… D’ailleurs nous avons eu de la chance, ce week-end là des intempéries énormes frappent la région d’Antibes, où nous nous trouvions à peine une semaine plus tôt!

Notre escale à Palavas/Montpellier est l’occasion de rencontrer Bertrand, de MonRdvSanté. Passionné de voile, il nous suit depuis le début du voyage, et nous a préparé plusieurs rendez-vous pour partager notre projet.

Notre premier rendez-vous est à l’Institut St Pierre, établissement d’enfants malades. Devant un petit groupe d’une dizaine d’enfants, nous racontons notre aventure, puis faisons une petite démonstration d’impression 3D. Les questions fusent : « On peut fabriquer tout ce qu’on veut avec ça? Est-ce que vous avez vu des requins? » Nous leur transmettons Escornabot, le petit robot pédagogique donné par l’équipe de Bricolabs, qui a fait le voyage en bateau depuis La Corogne (http://blog.lab-rev.org/escales-en-galice/). Ca tombe bien, nous sommes avec leur professeur d’informatique, qui imagine déjà nombre d’exercices ludiques avec ce support !

Après les petits, au tour des grands enfants ! Direction Polytech Montpellier ! Nous voilà projetés quelques années en arrière, mais cette fois de l’autre côté de l’amphi ! Les étudiants en mécanique et matériaux sont très intéressés par le projet, autant sur le côté technique que sur le côté « aventure », en particulier les petites galères qui font le quotidien quand on vit dans un bateau qui est chambre, salon, cuisine, véhicule et atelier de mécanique à la fois !

Po-ly-tech

Entre deux rendez-vous, nous en profitons pour préparer le bateau pour le canal : on enlève les voiles, les bômes, on descend l’éolienne (qui sinon risque de ne pas passer sous les ponts). Et oui, c’est parti pour quelques semaines de navigation 100% moteur !

Pliage voiles

On dépose le mât d’artimon en utilisant le grand mât. Avec un grand poteau sur le pont, sans haubans pour nous tenir, nous commençons à perdre nos repères ! Non seulement il manque des points d’accroche, mais en plus on se prend le mât dans la tête dès qu’on sort de la cabine !

Dépose Artimon

Le début du canal n’est pas à Palavas, et il nous reste quand même le mât principal à déposer. Nous partons pour Sète le 8 Octobre,  très tôt le matin car il faut arriver là-bas avant 9h30, heure d’ouverture des ponts levants. Il y a environ 12 milles.

Il y a 25 nœuds de vent contre nous, et Brutus peine à nous faire avancer plus vite que 3 nœuds. A ce rythme, nous ne serons jamais à l’heure à Sète ! Mais nous avons plus d’un tour dans notre sac (à voiles), et nous gréons le foc sur la drisse de spi, et nous voilà propulsés à presque 5 nœuds !

Palavas-Sète

En véritables as du timing, nous arrivons devant le pont à 9h28. Nous passons les 5 ponts levants, et nous voilà dans l’étang de Thau, à la recherche d’un chantier qui veut bien nous démâter dans la journée. Nous accostons à un ponton au début de l’étang, et y trouvons un voilier fraîchement démâté, Courlevent, qui s’apprête à prendre le canal du Midi.

Olivier et Aurélie, après avoir navigué jusqu’aux Baléares cet été, vont hiverner à Toulouse. Ils ont des problèmes de moteur, et au bout de quelques minutes, Adrien est déjà plongé dans leur cale pour bricoler !

Il nous indiquent un chantier équipé d’une grue, et nous nous y rendons à pied, après avoir fait une escale à la boulangerie pour goûter quelques fameuses tielles sétoises! Romain, le gérant du chantier, nous donne même des madriers pour poser les mâts, ce qui nous évitera de les prendre dans la tête toute la journée !

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Nous partons le lendemain matin, en compagnie de Courlevent, les bateaux carrément à couple pour traverser l’étang. C’est plus pratique pour discuter, et nos bateaux se complètent : nous avons un moteur plus puissant, ils ont un pilote automatique.

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Nous entrons dans le Canal à midi, le 9 octobre. (je m’auto-décerne une médaille pour ce superbe jeu de mots)

C’est maintenant que les choses sérieuses commencent. Car cette étape, que l’on imagine consacrée au farniente et à l’apéro, la navigation étant sans risques, est en fait une des plus incertaines du voyage. Outre les problèmes moteur, dont on commence à avoir l’habitude, il y a le tirant d’eau. En effet, le bon Pierre-Paul Riquet (1609-1680), concepteur du canal, l’a fait construire profond de 1m60, mais en trois siècles et quelque, le canal s’est quelque peu envasé. Il est aujourd’hui garanti pour des bateaux de 1m40, voire 1m20 de tirant d’eau. Nous tirons environ 1m55 (en fait, on est pas tous d’accord, c’est une moyenne). Voilà le problème.

Nous avons connaissance de ce problème depuis le début, et nous avons imaginé de nombreuses solutions (n’oubliez pas que les 3 membres d’équipage ont fait des études d’architecture navale). Alléger le bateau? Pourquoi pas, mais pour gagner 10cm de tirant d’eau, il faut alléger… d’une tonne ! Pas facile. Une solution envisagée est de percuter un radeau gonflable sous la quille, afin de faire une sorte de « bouée » au bateau. Nous avons aussi pensé un instant à récupérer des milliers de bouteilles en plastique pour constituer cette bouée, bref, on ne manque pas d’idées!

Finalement, ça a l’air de passer, en profondeur et aussi en hauteur.

ça passe ou pas

Rapidement, nous commençons à compter le nombre de fois où nous avons touché le fond du canal. A votre avis, combien? Faites vos jeux, réponse à la fin de l’article ! Nous faisons bien attention de rester au milieu du canal, et gardons un œil attentif sur le sondeur.

Arrivés à la première écluse, il semblerait que ça passe. Nous posons la question à l’éclusier, qui nous dit en substance que si nous sommes arrivés ici, nous arriverons à Toulouse. Rassurant, mais ils n’auront pas tous le même discours.

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La vie sur le canal est rythmée par les écluses. Leurs horaires de fonctionnement imposent des horaires de navigation pépère (9h-12h30, 13h30-18h), et les manœuvres se succèdent, à raison d’une dizaine par jour en moyenne.

matin

Il est agréable de naviguer avec nos amis de Courlevent. Quand le canal est assez large, nous naviguons côte à côte, et le soir venu, nous nous amarrons à eux (avec leur 80cm de tirant d’eau, ils peuvent s’approcher de la berge. Pas nous.). Ils nous aident à nous déséchouer, et nous les remorquons quand leur moteur est en surchauffe. Nous nous complétons bien !

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Karu & Courlevent

à couple à trèbes

La navigation sur le canal n’a rien à voir avec la navigation en mer. Nous sommes à l’intérieur du paysage, et nous le voyons défiler beaucoup plus vite qu’au large. Pourtant, notre vitesse n’est que de 8 km/h (oui, sur le canal, on oublie un instant les nœuds et les milles, et on reparle en terrien). Nous passons au cœur des villes, ou plutôt des villages, et croisons nombre de touristes allemands à la barre de leur petite péniche de location. Ils nous font parfois un peu peur, en donnant l’impression qu’ils ne maîtrisent pas tout à fait leur embarcation…

Les infrastructures d’accueil des navigateurs étant assez sommaires sur le canal, nous profiterons d’une halte à Béziers pour prendre une douche sur le quai, la dernière avant Toulouse.

On frotte à Béziers

Les biefs (portion de canal entre deux écluses) s’enchaînent, certains plus profonds que d’autres, et avec parfois des variations de niveau soudaines dues aux écluses. A Carcassonne, l’équipage de Courlevent s’arrête quelques jours, tandis que nous continuons. Nous retrouvons peu après Caro et Ludo, des amis qui aiment le bateau « mais quand ça bouge pas trop ». Le canal est donc l’occasion de passer du temps à naviguer avec eux sans qu’ils craignent le mal de mer.

Equipage au col de Naurouze

Ecluse montante

Nous nous échouons à quelques mètres de la ligne de partage des eaux, au col de Naurouze, point le plus haut du canal (190m au-dessus du niveau de la mer, quand même). Olivier et Léo sont obligés de descendre à terre avec des amarres pour aider le moteur. Quelques minutes plus tard, c’est reparti ! Nous nous arrêtons pour la nuit non loin de l’Obélisque de Riquet, monument à la gloire du concepteur du canal.

Les véritables ennuis commencent le lendemain. Le premier bief descendant vers Toulouse est très encombré, nous raclons quasiment continuellement le fond. Après avoir passé l’écluse de Montgiscard, nous nous heurtons à un gros, très gros banc de vase (les éclusiers appellent ça un « toc »), qui nous bloque totalement.

Nous descendons avec des amarres, pour aider le moteur, mais rien à faire, le bateau est planté. Nous tirons comme des ânes depuis le pont situé quelques mètres devant, ça ne bouge pas.

hâlez matelots

Olivier part en annexe pour sonder le fond en avant du bateau. Le toc fait au moins 25m de long, et c’est toute la largeur du canal qui est encombrée.

Olivier Sonde

Nous nous en tirerons à la nuit tombante, au bout de deux heures d’efforts, en faisant bouger le bateau pour creuser la vase, puis en combinant l’ancre (portée en avant avec l’annexe et ramenée au treuil), trois personnes à tirer à terre, et le moteur à fond. Grâce à cette technique, nous avançons de 5m en 5m, et arrivons petit à petit à passer le toc.

Nous décidons de continuer jusqu’à la fin du bief, avec Ludo, Olivier et Léo marchant sur le chemin de halage avec des amarres au cas où un nouveau toc se présente. Sept kilomètres de marche nocturne, à la frontale sur un chemin parsemé de branches et de trous, à jouer les éclaireurs pour le bateau !

Le lendemain, c’est le moteur qui refuse de démarrer. Déjà la veille, le démarrage a été difficile, mais ce matin, rien à faire. Il a été beaucoup sollicité depuis une semaine, et n’a pas l’air d’aimer ça… En plus, il fait de plus en plus froid le matin, ce qui n’aide pas. Nous passons l’écluse « à la main », et après quelques dernières tentatives, nous nous résignons à avancer jusqu’à l’écluse suivante en halant le bateau, en quête d’électricité pour recharger les batteries usées par les démarrages.

Halage

A cette écluse (la dernière avant Toulouse), nous rencontrons Blaise, qui travaille au restaurant en face, et habite sur sa péniche un peu plus loin. Il nous prête gentiment de l’électricité. Cependant, le moteur refuse toujours de démarrer. C’est parti pour un démontage des culasses ! Blaise nous indique un garage associatif un peu plus loin, qui peut nous prêter les outils dont nous avons besoin. Il s’avère que ce sont aussi des spécialistes en huile de friture : Roule Ma Frite 31. Nous partons donc en quête d’outils et de conseils, plus que 5 km à tirer le bateau !

Heureusement, il fait beau, et une fois lancé, le bateau glisse tout seul. Les mécanos de Roule Ma Frite nous conseillent d’arrêter l’huile : notre vieux moteur, dépourvu de préchauffage, serait incapable de bien brûler l’huile, ce qui expliquerait nos problèmes d’encrassage réguliers.

Le moteur accepte de repartir en fin d’après-midi. Nous arrivons dans la ville rose de nuit, et nous amarrons au Port-Saint-Sauveur. Drôle de sensation que d’être en bateau en plein centre-ville !

Port saint Sauveur

Le lendemain, démontage du moteur, jusqu’aux pistons ! Gwen, notre mécano à distance, nous guide, et nous trouvons la cause de la panne : les segments, ces joints métalliques qui font l’étanchéité entre le piston et le cylindre, sont usés. Pas d’étanchéité, pas de compression, pas de compression, pas d’explosion, pas d’explosion, moteur pas marcher.

El piston

Adrien part chercher de nouveaux segments, et le reste de l’équipage fait du tourisme culinaire : Aligot et saucisse de Toulouse !

Nous visitons Artilect, le fablab de Toulouse, le premier fablab français, et aussi le plus grand : 700m² de locaux, mais surtout 1000 adhérents!!! Ils adorent notre récit, et proposent de nous aider à perfectionner un de nos prototypes mis au point sur le canal : l’ApéroWinch, porte-gobelets universel pour tous les voileux, doté d’une embase imprimée 3D qui s’emboîte sur les winchs, et d’un plateau en bois gravé à la découpe laser.

ApéroWinch - Artilect

Après 10 jours de blocage à Toulouse (attendre les segments, les recevoir, c’est pas le bon modèle, on recommence, …), nous pouvons enfin repartir le 26 Octobre, direction Bordeaux et l’Atlantique ! L’équipage change, Caro, Ludo et Léo rentrent dans leurs pénates, et Cassandre fait son retour. La partie de canal de Toulouse à Bordeaux devrait être plus facile, elle est garantie pour 1m60 de tirant d’eau…

A ce propos, entre Sète et Toulouse, soit 230km, nous avons touché (environ) 250 fois. Pas mal, non?

Bonifacio-Palavas les flots : Karukera rentre au bercail !

Etrange sensation que de rentrer en terrain connu. Une sensation de confort prend place à bord : on connaît certains endroits où l’on passe, on retrouve des amis, on prend des douches plusieurs fois par semaine. Après quelques mois d’aventure le picotement de l’inconnu est remplacé par celui de l’automne : le combat contre la chaleur est fini : Winter is coming. Il faut arriver plus tôt au mouillage pour savoir où planter la pioche, on ressort les couvertures, les écharpes, les bonnets. On retrouve les plaisirs des diners dans le carré, on apprécie quand le soleil nous chauffe la peau aux heures de midi.

Si les grandes chaleurs sont finies, on ne peut en dire autant de la saison : les touristes qui peuvent éviter le rush de juillet-août sont bien là ! Bonifacio est encore pleine de vacanciers, mais déjà le prix du port est passé en catégorie mi-saison. On retrouve des tarifs normaux avec des services plaisants : douches et toilettes sont à 150m du bateau. Facile. Mais l’escale n’est qu’un bref arrêt : un coup de vent doit passer sur les bouches de Bonifacio et mieux vaut ne pas tarder ! Pendant quelques jours, c’est du près qui est prévu, dans des conditions tout de même musclées : 25 nœuds de vent, et une mer agitée. Heureusement, il y a sur notre chemin de jolies criques et des mouillages protégés. On savoure pour la dernière fois les eaux turquoises et le sable fin, et on profite des températures douces pour aller marcher en montagne.

roccapina olivier

roccapina cassandre

A Ajaccio, nous avons rendez-vous avec le jeune et premier fablab de Corse (http://fablabajaccio.com/), et nous sommes impressionnés par le travail que Marylin Richard a réussi à faire en seulement trois mois. Le fab est abrité dans les locaux du Crédit Agricole Corse, et bénéficie d’une grande superficie. Son avenir est prometteur, on a hâte de voir la suite !

fablab ajaccio

On doit profiter de notre escale à Ajaccio pour faire une rotation d’équipage, et on y passe donc tout un week-end. Pour éviter de payer le port – ce qui devient obligatoire compte tenu de la trésorerie du Lab-REV- nous jetons la pioche à proximité du rivage. Si la première se passe bien, c’est au cours de la seconde journée que cela se complique : le vent monte rapidement. On se hâte pour retourner au bateau, et au moment de monter sur l’annexe, on voit Karukera chasser ! Il fonce malheureusement vers un petit voilier, mais passe à côté de justesse. On monte à bord, démarrons le moteur, mais notre ancre est bloquée dans sa chaîne. Malgré plusieurs tentatives pour la dégager, celle-ci ne vient pas. Le vent monte encore d’un cran, et le cortège formé par les deux bateaux se met alors à chasser. Et nous nous dirigeons vers un troisième voilier, plus gros, qui est sous le vent. Pris en tenaille entre les deux, nous n’avons d’autre choix que de lâcher le mouillage au fond de l’eau ! Il y a 18m de fond : ça va être difficile de revenir la chercher. Mais heureusement notre partenaire Croisiera (http://www.croisiera.com/) a son camp de base à Ajaccio, et ils disposent de bouteilles de plongée. Stephen ira démêler les 3 mouillages au fond de l’eau, et découvrira un sacré sac de nœuds ! Les chaînes sont bloquées sur une épave qui trainait, mais nous réussissons à récupérer notre mouillage malgré tout. Merci Croisiera ! Nous essayons d’alerter le propriétaire du bateau, mais les administrations que nous contactons ne semblent pas s’en préoccuper. Nous laissons donc les deux bateaux côte à côte et repartons le lendemain d’Ajaccio.

ca chasse à ajaccio

Dominique, le père d’Olivier succède à Cassandre qui débarque après 3 mois à bord. Un petit renfort est bien apprécié alors que nous nous apprêtons à traverser vers le continent. On commence par une petite étape vers les îles Sanguinaires à la sortie de la baie d’Ajaccio.

bienvenue dominique

Le lendemain nous profitons d’un vent favorable pour foncer vers la Girolatta, un mouillage très bien protégé : un coup de vent doit passer et il faut nous abriter. Nous y resterons bloqués durant 48h, et repartirons directement en direction d’Antibes dès que la houle se sera calmée.

Le début de la traversée est prometteur : nous filons 5,5 nœuds au près, quasiment en route directe. Comme prévu le vent se met à tourner, et nous virons de bord. Mais ce vent trop faible ne nous permettra pas de bien avancer face au courant résiduel qui s’est mis en place pendant le coup de tabac des jours passés. Nous démarrons le moteur vers minuit, résignés. A l’aurore la mer s’est calmée, le vent a disparu, et nous croisons divers cétacés. Des dauphins viennent jouer autour du bateau, et nous pensons apercevoir une baleine au loin. Mais c’est quelques heures plus tard que nous ferons une rencontre impressionnante : on aperçoit une baleine 500m dans notre axe qui fait surface, et alors que nous passons à 50m sur le côté, celle-ci ne semble pas s’effaroucher. On coupe le moteur et durant un quart d’heure nous la verrons respirer et se prélasser doucement en surface ! Nous ne sommes qu’à 50km des côtes, et le spectacle est incroyable ! Nous arrivons sans encombre à Antibes, le vent nous permettra même de faire une petite heure sous spi !

baleine en zone pelagos

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Cette escale est un lieu de rencontre privilégié puisque nous sommes attendus par le Navlab (http://navlab.avitys.com/) , premier fablab nautique. Bruno Messin son fondateur était venu jusqu’en Bretagne nous filer un coup de main sur le chantier l’hiver dernier, c’est donc avec plaisir que nous le retrouvons dans le Sud. Le Navlab est implanté en centre-ville d’Antibes, et comme à notre habitude nous allons visiter ses locaux, avant d’inviter les membres de la communauté à visiter Karukera. Disposant d’un atelier avec les machines classiques de fabrication numérique, de deux salles de coworking, d’une salle de réunion et d’une terrasse, le Navlab a la particularité de ne pas être un open-space, modèle habituellement utilisé par les fablabs. Cela permet aux coworkeurs de ne pas entendre les bruits de Dremmel ! Pratique.

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Nous rencontrons par la suite l’homme qui traduit notre blog en italien depuis le début du voyage : Paolo ! Quel plaisir de rencontrer en vrai quelqu’un avec qui nous n’avons échangé que par internet. En plus de faire nos traductions, il nous apporte bon nombre de conseils utiles sur la marche à suivre pour prendre le canal du midi. Etant un moniteur aux Glénans sur la base des Onglous, il connaît bien la navigation dans cette zone. Il en profitera pour nous prêter une carte du canal du midi, ainsi qu’un petit GPS, qui fonctionne depuis à merveille sur notre centrale de navigation. Merci Paolo !

rencontre Paolo Zazio

Au départ d’Antibes, nous ne sommes plus que deux à bord (Olivier et Adrien) : Dominique est reparti, et nous devons rallier Palavas les flots tous les deux. Présents à bord depuis le début du projet, l’équipage est bien rodé et la navigation ne nous pose pas de soucis. La première étape est fastidieuse : nous ne naviguerons qu’au moteur jusqu’à la baie d’Agay, où nous mouillons devant un camp Pierre & Vacances. Nous avons pratiqué des mouillages plus sauvages, mais l’endroit est abrité, on ne se plaint pas.

C’est le lendemain  que nous sommes chanceux : la météo est parfaite, et on navigue au travers puis au portant ! Nous passons en plein milieu d’une des régates de Saint Tropez, et c’est plaisant de revoir des bateaux naviguer à la voile !

voiles de saint tropez

La brise établie nous permet d’avaler 50 miles nautiques dans la journée, et le soir c’est à Porquerolles que nous relâchons. Et au bon moment, car les nuages qui nous ont permis d’assister à un coucher de soleil magnifique, viendront lâcher une pluie battante sur l’île.

spi arrivée proquerolles

Alors que nous devons rallier Marseille dans la journée, nous sommes pris par le doute au petit matin : le vent est tout de même très fort, et atteint 50 nœuds en rafale dans le port. S’il doit forcir sur Porquerolles dans la journée, il doit se calmer à mesure que nous allons vers l’ouest. C’est la manœuvre de port qui n’est pas évidente, à deux au milieu des rafales. Mais on s’en sort bien, et dès la sortie du port, c’est parti pour la glisse ! Avec un cinquième de la surface du génois déroulé à l’avant, nous filons à 6 nœuds et quelques. Les conditions musclées nous empêchent de prendre des photos, la mer est courte, les rafales violentes, mais nous sommes impressionnés par le comportement marin de Karukera qui une fois de plus se sort très bien de ces conditions fortes. Nous dévalons les crêtes d’écume à proximité des calanques de Marseille, et les surfs intenses sont magiques alors que nous voyons apparaitre la cité Phocéenne au milieu des îles calcaires !

calanques à grande vitesse

A Marseille, nous devons rencontrer David Ben Haim, un des cofondateurs de la Charbonnerie, un futur fablab marseillais. Marin et ingénieur, nous avions déjà échangé avec lui autour de l’hydrogénérateur et la centrale de navigation. On aborde de nombreuses pistes d’améliorations possibles pour nos prototypes, et lui n’a pas tardé : il a déjà reproduit la centrale de navigation avec les données open-source disponibles sur notre Wiki (http://wiki.lab-rev.org). Nous visiterons ensuite la Charbonnerie (http://www.lacharbonnerie.com/), encore en travaux, qui deviendra un atelier participatif communautaire. Le lieu compte déjà un espace de coworking opérationnel qui fait sens : 5 amis ont besoin d’un bureau, et s’associent pour partager un lieu de travail. Puisqu’ils ont besoin de machines typiques à leurs travaux autant les partager ! Le lieu dispose donc de machines à commandes numériques, mais avant tout des machines de fabrication classiques : il s’agit d’un atelier en centre-ville où vous pouvez fabriquer, bidouiller, rencontrer ! On a hâte de voir à quoi le lieu ressemblera quand il ouvrira, et on affiche pour l’instant aucune image pour laisser place à votre imagination !

LaCharbonnerie_logo

Après un avitaillement nécessaire, nous quittons Marseille dans une bonne pétole bien en place. L’anémomètre indique 5 nœuds de vent : celui créé par notre  vitesse au moteur. Puisqu’il s’agît d’une de nos dernières étapes en Méditerranée, celle-ci nous laisse un bon souvenir de ces conditions de navigation trop souvent rencontrées ! Le dernier mouillage que nous ferons sera probablement le pire (et nous espérons qu’il le restera) des 6 mois de navigations : devant Fos-sur-mer, une anse protégée entre cargos et terminaux pétroliers marque notre entrée dans le territoire des moustiques ! Heureusement qu’il fait déjà froid car ils sont partout, et nous nous cloitrons à l’intérieur.

mouillage petit rhone

Le lendemain, on se lève, et c’est 45miles que nous devons faire au moteur pour rallier Palavas. Heureusement un peu de vent vient améliorer notre vitesse au moteur, car la brume matinale n’est pas que dans nos yeux mal réveillés. Les moustiques ont eu raison de notre sommeil, et nous fonctionnerons en quart quasiment toute la journée pour rattraper les heures perdues. C’est important car nous retrouvons le soir des amis que nous n’avons pas vus depuis quelques temps, et un peu d’ambiance festive va nous faire du bien ! On trouve tout de même l’énergie de faire le dernier prélèvement de plancton méditerranéen, et Eole, comme pour nous faire un cadeau, vient souffler une petite heure pour que nous envoyions le spi jusqu’à l’arrivée !

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Sicile – Sardaigne :  Brutus le capricieux

Après avoir déposé Yahia et Alix en Sicile, nous nous dirigeons vers Vulcano. La nav se fait en quelques heures à la voile dans des conditions très agréables. Le soir au mouillage, nous sommes surpris par des odeurs d’œufs pourris, c’est le souffre émis par le volcan encore en activité. Quand nous descendons à terre le lendemain, nous découvrons les bains de boues très réputés de l’île. Mais nous ne nous attardons pas, nous partons en début d’après-midi pour Lipari, île voisine. Là-bas, scénario habituel : les trois ports de la ville principale nous proposent des tarifs à 70€ la nuit. Nous en profitons tout de même pour faire les pleins de gazole et d’eau (avec un abruti aux commandes qui met la pression au moment où nous rentrons le tuyau d’eau par le hublot pour atteindre les cuves, résultat : inondation à bord !) et repartons rapidement pour trouver un mouillage un peu plus loin. Nous trouverons un coin très sympa devant une petite plage où se trouve un bistrot. Le gérant nous donne le mot de passe pour la WIFI, il nous assure qu’elle restera allumée toute la nuit et qu’il n’y a pas de problème pour l’utiliser. Parfait! Nous en profiterons pour mettre à jour l’administratif, comme par exemple publier l’article précédent. L’île suivante est Saline. Encore au mouillage, nous profitons d’un peu de temps libre en fin d’après-midi pour réparer le capot avant qui avait tant fui pendant la traversée Grèce-Sicile.

réparation capot avant

Nous enchaînons avec Aliduci, la dernière des îles éoliennes. En milieu d’après-midi, alors que nous naviguons au moteur, nous entendons un bruit suspect qui provient de la cale moteur. Nous ouvrons la trappe et nous constatons que l’alternateur vibre dangereusement. Un des écrous s’est dévissé et il y a un faux contact sur un câble. Cela explique nos inquiétudes quant au chargement de la batterie moteur depuis quelques jours. En regardant de plus près, on remarque que les trous aux travers desquels passent les boulons de fixation ont tellement de jeu qu’ils ont désormais la forme d’un ballon de rugby. Nous ne voulons pas prendre le risque de le remonter et nous attendons le prochain magasin de bricolage pour une réparation de fortune. Mais ce n’est pas à Aliduci que nous le trouverons. Nous regagnons tout de même le moral avec une place gratuite au quai des pêcheurs. Le lendemain nous partons aux aurores pour Ustica, une île un peu à l’ouest des Eoliennes, ce sera notre dernière escale avant la traversée. Notre réveil matinal nous permettra de profiter d’un magnifique lever de soleil sur Aliduci que nous laissons dernière nous.

Adieu Volcans

A Ustica, nous trouvons encore une place gratuite à côté des zodiacs de plongée car oui, l’île est très réputée pour ses ballades sous-marines, la quasi-totalité des touristes ne vient que pour ça. Le lendemain nous trouvons le nécessaire pour la réparation de l’alternateur : une tige filetée suffisamment longue pour reprendre l’alternateur sur deux points (et non un seul comme avant). Nous remplissons nos cuves et nous sommes fin prêt pour le départ. Le seul à ne pas être au rendez-vous, c’est le vent. Et rien ne sert de l’attendre plus longtemps, il ne se montrera pas de la semaine, alors autant y aller tout de suite car si on attend trop, c’est un coup de vent à l’arrivée en Sardaigne que nous risquons. Nous nous engageons donc sur cette folle traversée, au moteur! Comme on peut s’y attendre, l’ambiance n’est pas au beau fixe, la monotonie du moteur diesel nous casse le moral à tous. Pour échapper à l’ennui nous bouquinons, beaucoup.

petit matin

Maigre distraction dans notre traversée : une tortue de mer passe juste à côté du bateau. Nous faisons demi-tour pour la suivre un peu mais elle replonge aussitôt… Après deux nuits en mer, nous apercevons la côte sarde. Le vent se renforce peu à peu puis le ciel se couvre et c’est finalement sous une pluie diluvienne que nous approchons l’île de Tavolara.

Tavolara

Une fois l’ancre bien crochetée, nous abandonnons le navire pour une collation bien méritée au restau de la plage. Nous revenons faire une sieste à bord mais vers 19h, le vent se lève violemment et commence à nous faire chasser. Nous sautons hors de nos couchettes, démarrons le moteur et remontons l’ancre. La manœuvre n’est pas aisée car même avec le moteur à fond nous arrivons difficilement à avancer contre le vent. De plus, nous sommes rentrés sur la zone de baignade et la chaine semble emmêlée avec une bouée jaune. Par chance, l’ancre vient sans encombre et nous envoyons rapidement un peu de génois pour avoir plus de puissance. Nous louvoyons ainsi pour nous éloigner de la plage sur laquelle nous étions à deux doigts de nous échouer. Stop les mouillages, nous allons à Olbia qui est très protégée au fond d’un long chenal. Là-bas nous avons la bonne surprise de trouver un quai gratuit. Le lendemain, nous rencontrons le fab-lab d’Olbia. Ils sont en train d’organiser un évènement pour faire découvrir les technologies fab-lab aux enfants. Nous intervenons et présentons notre aventure, à l’aide d’un traducteur car notre italien n’est toujours pas à la hauteur… Nous nous retrouvons ensuite avec une quinzaine d’enfants visitant le bateau et retrouvant la même imprimante 3D que celle qu’ils avaient vue sur le stand.

fablab olbia

En parallèle de cela, nous avons remarqué que le moteur avait à nouveau du mal à démarrer. Nous suspectons un nouvel encrassage, comme à Elbe. Nous démontons donc à nouveau coude d’échappement et collecteur pour un décrassage complet.

collecteur encrassé

Olbia sera aussi le lieu de notre rencontre avec Yann et Petra. Ils naviguent depuis trois ans en méditerranée sur Nautic of Hamble, un bateau de la même taille que le nôtre. Nous passons une excellente soirée avec eux! Le lendemain, nous continuons notre route vers la France alors qu’eux, prennent leurs vélos (qu’ils stockent à l’arrière du bateau) pour une ballade dans les montagnes sardes. Nous arrivons devant Capreira, une petite île à 8 miles d’Olbia le soir. Mais le lendemain, nouveau problème moteur. L’alarme du niveau d’huile sonne sans cesse et le moteur a toujours du mal à démarrer. En plus de cela, le winch babord s’est grippé, il devient inutilisable. Nous décidons donc de faire demi-tour vers Olbia où nous savons qu’il y a tout type de service.

Après inspection, nous arrivons à la conclusion que l’huile de lubrification est pleine de saletés ce qui a conduit à l’encrassage du filtre d’huile. L’huile ne pouvant plus y circuler librement, cela amène à une baisse de pression en aval du filtre et à l’activation de l’alarme. Nous procédons donc à une vidange complète et au changement du filtre à huile.

test sonde pression huile

Nous en profitons aussi pour changer les joints de la pompe à huile qui fuyait depuis quelques temps. Seulement, commander des joints, ça prend du temps et nous ne pouvons pas attendre. Nous nous lançons donc dans la confection de joints maison à partir de briques de lait. Il suffit de découper très précisément le joint au cutter et d’ajouter un peu de pâte grise (pâte d’étanchéité spéciale pour moteur) lors du remontage.

joints maisons

vino pompe à huile

On redémarre le moteur et les problèmes d’huile semblent réglés mais le moteur ne démarre toujours pas bien. Le moteur était encrassé aux échappements mais on redoute qu’il le soit en amont notamment au niveau des soupapes. Mais pour aller contrôler cela, il faut déculasser et là, ça devient du gros chantier… N’ayant pas d’autres solutions, nous nous attelons à la tâche. Lorsque nous tombons sur les soupapes, de grands sourires se dessinent sur nos visages : le problème vient bien de là! Les soupapes sont tellement encrassées qu’elles n’assurent plus aucune étanchéité.

atelier mécanique sur Karu

soupape encrassée

Nos sourires disparaissent rapidement quand s’allongent les heures de décrassage. Vers 19h, nous remettons enfin en place le dernier cache culbuteur. Il ne reste plus qu’à démarrer, grand suspense lorsque nous tournons la clé…le moteur démarre au quart de tour! Génial! Nous le laissons tourner à haut régime avec 4% d’essence dans le gasoil pour qu’il finisse de se décrasser complètement. Ensuite nous allons fêter ça avec nos copains Yann et Petra qui sont revenus de leur tour en vélo et qui nous ont apporté un grand soutien moral pendant nos galère moteur. Un grand merci à eux!

équipaes Karukera et Nautic

Tout semble prêt pour repartir. Dernier pleins. Dernières courses. Un grand nettoyage de notre espace de vie qui s’était momentanément transformé en un véritable chantier. Et hop! Nous revoilà sur l’eau. Et à deux! Yann et Petra nous accompagnent jusqu’à Golfo Pevero, une belle petite crique à 20 miles au nord d’Olbia. Nous sommes contents de retrouver les plaisirs de la mer et de pouvoir naviguer à deux bateaux. Surtout qu’avec nos longueurs identiques, nous avançons exactement à la même vitesse.

nautic of hamble

Le lendemain, directions les îles Madalena. Le vent n’est pas favorable : 30 nœuds de face mais le plan d’eau est calme. Là encore, Yann et Petra nous accompagnent. C’est une journée difficile, nous enregistrons des rafales à 40 nœuds et il nous faut tirer des bords assez courts pour louvoyer entre les cailloux et les chenaux étroits, on se croirait en Bretagne nord!

Le lendemain, nos routes se séparent. Yann et Petra continuent vers l’ouest, direction les Baléares tandis que nous, nous retournons vers la France avec comme première étape, les îles Lavezzi.

Grèce – Sicile : le début de la fin.

Nous nous élançons de la Grèce pour revenir sur la Sicile après plus de 4 mois de navigation, et cette étape marque le début du retour de Karukera en Bretagne. Ayant engrangé plus de 3000 milles (6000 km environ) le bateau a bien souffert, et nos galères grecques – bien qu’imprévisibles – ne sont pas anormales non plus : remettre en état ce bateau de 46 ans était un de nos paris, marquant notre volonté de faire du neuf avec du vieux. Depuis le départ, nous avons eu des soucis techniques sur quasiment tous les points qui n’ont pas été traités au chantier Camoël Nautic (http://www.camoel-nautic.com/), mais jusqu’ici aucun ne nous a empêchés de continuer. Si nous décelons les points de faiblesse de notre chère Karukera, nous les renforçons, et nous continuons de plus belle ! Les prototypes nous permettent d’atteindre les objectifs que nous nous étions fixés : à bord, nous sommes autonomes en énergie, très largement.

Remettre le cap à l’Ouest marque pour nous un événement symbolique : d’une certaine manière, nous rentrons à la maison. Yahia et Alix qui nous accompagnent vont bientôt descendre, Cassandre suivra quelques semaines après eux et il n’y a pas d’autre compagnon attendu pour prendre la relève. Quant aux escales, il n’est pas prévu de visiter de nouveaux pays. Toutes ces perspectives ont forcément une répercussion sur le moral du bord, et ni les conditions de la traversée retour, ni les premières escales siciliennes ne vont nous mettre du baume au cœur.

Nous repartons donc de la Grèce aux aurores sans GPS, avec 270 miles nautiques à faire jusqu’à Messine. Les 24 premières heures sont radicalement différentes des suivantes, qui seront tout aussi désagréable. On doit tirer un grand bord de près dans de la mer agitée, pendant 24 heures. A cette allure, le bateau tape dans les vagues, et à chaque fois qu’il se plante dedans, il ralentit. On a un peu l’impression de planter des pieux avec sa tête à chacune des vagues. Cette mer n’est pas très haute, mais très courte : on va planter beaucoup, beaucoup de pieux. Et le vent souffle dur : 25-30 nœuds selon les moments. On navigue avec 3 ris (la grand-voile au plus bas), artimon souvent affalé, et seulement la moitié du génois. Comble de l’inconfort : il y a plusieurs fuites dans la cabine avant, qui est totalement trempée. Le capot n’est plus étanche, et la cloison qui sépare la baille à mouillage de la cabine laisse passer un peu d’eau.

Heureusement la mer se calme dans la nuit et nous parvenons à nous reposer. Petit à petit, nous renvoyons plus de toile et peu après le lever du soleil, le vent est clairement tombé. Brutus, notre fidèle moteur va pouvoir bien tourner : on ne l’éteindra que 3 heures jusqu’à l’arrivée ! Ces 24 heures sont certes plus calmes, mais c’est l’ennui qui prend la relève : rien à l’horizon, et une fois le linge sec, il ne reste qu’à écouter les explosions des pistons qui s’enchainent 1400 fois par minute. La fatigue se fait sentir à la fin de la seconde nuit sur Karukera.

Alix après la dernière nuit de la traversée

Olivier après la dernière nuit de la traversée

Yahia après la dernière nuit de la traversée

Nous visons le port de Messine, dans l’espoir de prendre une douche. Depuis qu’Alix est arrivé à Rome, nous n’avons pris que 3 vraies douches. C’est drôle pendant une semaine ; au bout de près d’un mois, l’inconfort se fait sentir de plus en plus. Mais arrivés à Messine, c’est le comble ! 88 euros la nuit qui seront négociés à 70, tout ça pour prendre 5 douches et faire les pleins d’eau. Violent retour en Italie : les comptes du Lab-REV ne sont plus au plus haut, il va désormais falloir faire vraiment attention.

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Nous profitons de cette escale pour faire les petites vérifications qui s’imposent sur le gréement. Nous avons bien tiré sur les câbles, il faut être sûr que tout va bien en haut.

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Pendant cette inspection concluante, nous partons à la recherche d’alternatives au GPS fixe qui a rendu l’âme en Grèce. Ces objets de haute précision coûtent 250€ ; nous n’en avons pas vraiment les moyens ! Yahia, notre informaticien de bord, va trouver une parade en connectant par WIFI le GPS de nos smartphones et la centrale de navigation que nous avions fabriquée. Et ça fonctionne !

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Une sacré économie pour ceux qui veulent naviguer avec ces précieux outils d’aide à la navigation (350€ la centrale VS 1800€ un objet similaire dans le commerce).

Nous nous remettons en route vers Scilla, le petit port en amont du détroit où nous nous étions arrêtés à l’aller : là-bas, c’est gratuit. Mais grosse désillusion en arrivant : la seule place visiteur est occupée, nous irons donc mouiller devant la plage. De nombreux déchets trainent dans l’eau, et heureusement que nous plongeons le lendemain matin car un gros morceau de plastique s’est emmêlé autour de l’hélice.

Plastique coincé dans l'hélice

Après l’avoir enlevé, nous repartons au moteur vers Milazzo d’où Yahia et Alix doivent partir. Mais un gros bruit sourd interrompt le calme de la navigation : des petits bouts de plastique étaient restés coincés dans la bague hydrolube. Cette pièce au caoutchouc sert à laisser l’arbre d’hélice tourner sans accroc, en étant lubrifiée à l’eau. Nous inspectons, et celle-ci s’est un peu décalée.

Décalage de la bague hydrolube

Pas terrible, mais nous testons le moteur après cet incident et il ne semble pas avoir plus de problème que ça. Nous revérifierons régulièrement par la suite.

Arrivés à Milazzo, c’est encore le même cirque : le premier port où nous allons nous demande 88€. Situé en pleine zone industrielle, les odeurs de gasoil nous dissuadent et nous mettons cap vers un petit port un peu plus loin. Si le cadre est plus sympathique, le tarif est délirant : 120 € la nuit. Que nous négocierons âprement à 70€.

Yahia et Alix prennent leur train le lendemain pour Palerme. Nous visons ensuite les îles Eoliennes, avec pas mal de boulot à y faire et probablement la possibilité de jeter l’ancre sans trop s’embêter avec les marinas.

Céphalonie – Levkas –Meganisi – Ithaque : galères grecques !

alix tracté annexe

Après avoir passé près d’un mois sur les côtes italiennes, jonglant entre les marinas très onéreuses tenues par des ormeggiatori parfois malhonnêtes et des restaurants où le prix à payer n’est pas toujours celui indiqué sur la carte, la navigation en Grèce est un vrai bonheur. Les bateaux rencontrés naviguent à la voile, les ports sont considérés comme un service public et la proximité entre les îles montagneuses rend le quotidien confortable. Enfin, auraient pu. Car c’est sans compter sur Murphy et sa loi de l’emmerdement maximal, qui semble s’être abattue sur nous tout au long des dix maigres journées que nous y aurons passées. Le paradoxe associant conditions de rêve et problèmes techniques, aura laissé chez nous une touche de frustration.

Arrivés à Argostoli après 60h de navigation dans les orages depuis la Sicile, nous déplaçons le bateau pour faire le plein d’eau, prendre une douche et faire les lessives. Amarrage peu commun dans les escales que nous avons pratiquées jusque-là, ici on met l’ancre dans les ports : le bateau, perpendiculaire au quai, est retenu par son ancre à l’avant et attaché par deux amarres à l’arrière. Enfin, « perpendiculaire »… Tout est une question d’interprétation et entre voisins, cela pose problème : si les chaînes des mouillages ne sont pas parallèles, l’une d’entre elle va recouvrir sa voisine. Cette considération est déjà fastidieuse sur le papier, et devient périlleuse en réalité. En clair, si celui qui arrive en dernier le soir ne part pas en premier le matin, il risque d’y avoir un problème avec les ancres. A Argostoli, au moment où nous nous apprêtons à larguer les amarres, un ferry vient se ranger sur notre bâbord et met sa chaîne sur la nôtre. Il faut donc plonger pour dégager notre ancre de la sienne, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Munis de deux grosses bouées, nous mettons 2 bonnes heures à nous sortir de là en pataugeant dans une eau de port où se jettent non seulement les eaux souillées des bateaux avoisinants, mais probablement aussi les égouts de la ville au vu de l’odeur environnante.

plonge dans les toilettes de tes voisins

paire galère Agro

Cap sur Lixouri, un petit port à proximité, où nous sommes seuls. Mais malheureusement celui-ci n’est pas aussi protégé qu’il n’y parait ; le vent et les vagues mettent en péril Karukera qui se trouve juste devant un quai. Si l’ancre dérape dans ces conditions, la poupe du navire sera abîmée sans que nous ayons eu le temps de réagir. Un policier municipal nous indiquera alors qu’on ne peut tout simplement pas s’amarrer dans ce port : les infrastructures sont en effet endommagées, probablement à cause de la faible protection des digues face au vent dominant. Nous parvenons malgré tout à obtenir l’accord d’aller se mettre sur un quai mieux protégé pour la nuit. Nous commençons la manœuvre, remettons l’ancre à poste et installons les amarres pour aborder notre nouvel emplacement. Une fois que nous serons complètement prêts, le vent tombera… Frustrant.

Nous repartons le lendemain pour Fiskardho, un port du Nord de  Céphalonie. On longe l’île toute la journée, ce qui nous vaut un assez joli spectacle, alternant plages de sable blanc et côtes escarpées.

Yukulélé à l'arrière

L’arrivée à Fiskardho nous offre un nouvel exercice d’amarrage. Les quais sont pleins, il faut donc mettre l’ancre à l’avant et frapper les amarres sur des anneaux prévus à cet effet au bord de la route. Mais on ne peut se coller à la route, faute de profondeur : 2 équipiers rejoignent donc la terre en annexe avec de longues amarres, pendant que les 3 autres font la manœuvre d’ancre. On s’en sort étonnamment bien ; être 5 à bord y contribue grandement !

mouillage fiskardo

Malheureusement, le voisin qui viendra se mettre à nos côtés a une interprétation bien à lui du parallélisme. Au moment où nous souhaitons repartir le lendemain, nous devons donc plonger pour démêler les chaînes. Si l’eau est plus claire et son ancre plus légère, la difficulté relève de la profondeur plus importante à laquelle il faut plonger. Ayant pris le coup de main, cela se fait plus vite. Mais au moment de démarrer notre cher Brutus, le moteur de Karukera, le démarreur n’enclenche pas ! Et d’ailleurs il n’enclenchera plus. Commencent alors deux journées de réparations mécaniques, dans l’atelier qui s’improvise dans le carré du bateau.

démarreur qui démarre pas

Pendant qu’une partie de l’équipage s’occupe de réparer le démarreur, une autre répare le rail de mât de grand-voile qui avait bien souffert pendant la traversée. Deux ascensions au mât, quelques vis de changées et c’est reparti pour 40 ans !

problème rail Grand Voile

réparation rail GV

Seulement, une pièce du démarreur semble HS et elle n’est pas disponible à Fiskardho : il faut aller sur l’île de Levkas pour en trouver une. Nous nous résolvons donc à démarrer Brutus à la manivelle !

démarrage manivelle

Exercice physique et fastidieux, il est plus facile de le faire sur une mer plate. Des conditions assez favorables sont avec nous et nous rallions Nidri sur Levkas sans difficulté. Nous sommes assez chanceux car nous trouvons très vite un électricien qui a la pièce. Nous souhaitons lui acheter afin de faire la réparation nous-même mais il refuse, et nous fait la réparation du jour pour le lendemain. Si l’homme est bourru et peu commode, le boulot est très bien fait ; le démarreur fonctionne à nouveau et Brutus démarre au quart de tour !

démarreur réparé à l'atelier

ça tourne!

On profite de cette escale charmante, remplie de voiliers de grand voyage qui viennent trouver des pièces détachées de seconde main assez spécifiques, ou bien simplement profiter de la tranquillité de la baie ultra-abritée qui fait face au port. Peu avant d’en repartir, c’est notre voisin qui « pêchera » notre ancre : il la remonte au bout de la sienne, et alors que nous dormions encore, Karukera se met à chasser. Heureusement assez sympathique, il replacera l’ancre en bonne position avant de repartir ; pas de plongée cette fois-ci, juste un réveil un peu difficile.

Notre voisin emporte notre ancre

Les problèmes techniques semblent résolus, et nous pouvons donc (enfin) profiter des 5 derniers jours qu’il nous reste avant de remettre le cap à l’Est ! Nous visons une baie sublime sur l’île de Meganisi, et profitons du trajet pour faire un prélèvement de plancton ainsi qu’un peu de surf sur l’annexe en se laissant tracter par le bateau.

Surf en Annexe

plancton Ionniennes

navigation dans les îles

Dans la baie des guêpes, la manœuvre est similaire à celle de Fiskardho, à un détail près : les amarres frappées à terre sont attachées aux arbres qui bordent le rivage. Mais la profondeur est importante : nous devons mettre toute la chaîne. Et peut-être trop, car nous perdons carrément le mouillage ! Après les 45m de chaîne de Karukera, il y a un bout censé rallonger de 10m la longueur de celle-ci. Seulement, ce dernier n’a pas dû être bien attaché en février/mars dernier lorsque nous avons fait l’inspection du mouillage ; il se détache et le mouillage se retrouve au fond de l’eau. Heureusement, nous avons un second mouillage à bord et nous l’utilisons pour immobiliser le bateau le temps d’effectuer les recherches sous-marines. Nous parvenons tant bien que mal à récupérer le mouillage principal, nous rangeons le mouillage secondaire et nous recommençons la manœuvre.

mouillage magnifique

Une heure après, le bateau s’est rapproché de la berge. De toute évidence, l’ancre chasse doucement : impossible de dormir ici, nous repartons. Heureusement la baie suivante propose un mouillage plus conventionnel : une ancre à l’avant et c’est tout ! La nuit sera excellente, Karukera seule sous les étoiles.

mouillage Meganisi

Nous repartons le lendemain vers Ithaque, et visons le très petit port de Frikes. Le vent est soutenu, et le bateau marche bien au près sur un plan d’eau plat ! Implanté dans une vallée, Frikes est pittoresque mais les rafales y sont violentes, allant jusqu’à arrêter le bateau alors que le moteur est à haut régime. Après avoir lutté pour avoir une place face aux autres bateaux qui sont arrivés en même temps que nous, nous finissons par s’amarrer et nous filons profiter de douches chaudes proposées par l’épicerie locale contre 3€. Les températures moyennes ont diminué en cette seconde quinzaine d’août, et nous profitons du confort de ne pas transpirer dans les minutes qui suivent cette agréable sensation de propreté !

Une option météo se dessine, et c’est déjà le moment de repartir ! Nous faisons les pleins de gasoil en marchant presque 1km jusqu’à la pompe, et nous nous faisons livrer de l’eau potable par camion-citerne, à tout de même 7€ les 100L ! Nous repartons ensuite pour Fiskardho, un bon point de départ pour la traversée, qui présente l’avantage d’avoir plusieurs supermarchés.

louvoyage Ionniennes

La manœuvre d’amarrage est encore des plus inhabituelles, et puisqu’il n’y a plus de place sur le quai, nous nous mettons dans le coin de celui-ci : une ancre à l’avant, une sur le côté, et une amarre frappée à terre. Un conseil : n’allez pas faire ces manœuvres en solitaire ! Les pleins sont faits, on récupère quelques souvenirs et nous partons vers la Sicile. Seulement lorsque nous hissons la grand-voile à la sortie du port, une bosse de ris (un cordage qui a la mauvaise habitude de pendre de la baume tant que la voile n’est pas bien hissée) vient se bloquer dans le GPS et le projette contre la cloison du cockpit : il n’affiche plus rien. Nous présumons qu’un câble s’est débranché, et faisons demi-tour vers Fiskardho. Le vent souffle fort, et la manœuvre n’est pas évidente. Au dernier moment, l’ancre se met à chasser alors que nous sommes juste à côté du quai. Le bateau tire fort sur ses amarres, et les chaumards  arrière (pièces de renvoi des amarres) cèdent. Très bien, cela fait du boulot pour tout l’équipage : pendant que certains essaient de réparer le GPS, d’autres s’occupent de réparer les chaumards.

GPS HS

Chomards HS

Seulement, le GPS semble définitivement HS et à moins de s’improviser électroniciens, nous ne pourrons le réparer. Le magasin de fournitures nautiques que nous connaissons bien propose de nous faire livrer un GPS à 1800€ quatre jours plus tard. Pas d’autres solutions en vue. Tant pis, nous traverserons sans GPS fixe puisque cela n’est pas nécessaire ; nous avons sur Karukera des GPS portables qui feront très bien l’affaire. Nous tâcherons de trouver une solution plus confortable en Sicile, et nous nous en passerons d’ici-là ! Le lendemain aux aurores, nous larguons les amarres dans une bonne brise et des conditions de mer agitée. Karukera file bien mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines ; les 24 premières heures s’annoncent rudes, à devoir tirer des bords dans de la mer formée.

départ îles Ioniennes