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Costa Blanca y del Ahazar : explorations, bidouillages et fablabs

Le vent qui devait nous pousser jusqu’à Alicante tombera finalement avec la nuit. Nous nous dirigeons vers Carthagène, et découvrons avec entrain cette superbe cité influencée par les cultures des nombreux envahisseurs méditerranéens qui ont fait son histoire !

arrivés à Carthagène!

Sur le chemin d’Alicante, le vent nous accompagne et les conditions sont bonnes pour faire tourner notre hydrogénérateur et faire quelques mesures. Malheureusement la pâle qui nous avait été offerte par le fablab EDP casse ! Imprimée en ABS, elle devrait pourtant être plus solide que les autres qui sont en PLA (ABS et PLA sont les deux plastiques les plus utilisés pour les imprimantes 3D). Il semble que les couches de plastique soient moins cohérentes avec ce matériau qu’avec celui que nous utilisons ! Qu’à cela ne tienne, notre imprimante nous permet de fabriquer une nouvelle pâle !

rupture pâle hydro ABS

En revanche, le PLA fond à plus basse température que l’ABS, et cela nous pose problème depuis Lisbonne. Un des bas de pâle de notre éolienne n’a pas résisté lorsque nous avons vissé la tige filetée qui la relie au haut de pâle. Après avoir réimprimé plusieurs fois la pâle, et réitérer le problème, c’est en introduisant de l’huile d’olive dans le filetage que nous réussissons à faire l’assemblage : cette graisse lubrifie la tige et diminue la température lors du vissage.

une pâle à l'huile d'olive

Arrivés à Alicante, nous visitons et recevons le fablab local. Il fonctionne sur un mode différent puisque c’est un fablab universitaire : destiné aux étudiants de l’université, il leur permet de mieux réaliser leurs projets, maquettes, prototypes.

fablab Alicante

Nous repartons pour Valencia, dans des conditions, disons « légères ». Juste assez de vent pour avancer, mais pas assez pour s’autoriser à mettre le moteur. Les moyennes ne sont pas fulgurantes, mais le moral est bon. Une succession de petits mouillages magnifiques nous permet de continuer nos explorations sous-marines, et de profiter des falaises de la Costa Blanca ! Un mouillage entre une falaise et une petite île sera écourté en début de soirée lorsque les vents toujours aussi imprévisibles s’inverseront. On profite de l’apéro, certes, mais on avance dès qu’il y a un souffle d’air.

mouillage au pied des falaises

Cabo de la Nao

A Valence, nous rencontrons l’équipe du Fablab, lui aussi associé à l’université, et du Hackerspace (en plein déménagement donc ils squattent les locaux des copains makers). Très bien équipé pour un petit fablab, ils ont un problème : l’université leur empêche de recevoir des étudiants dans les locaux. Un problème de sécurité certes légitime, mais un peu contradictoire après leur avoir mis un local et des machines à disposition. Comme partout, ils sont forcés de ruser pour dépasser les contraintes administratives et se concentrer sur ce qui les passionne. Entre autres, ils sont experts en photogrammétrie, cette technique qui « scan » le monde réel pour en faire des modèles 3D reproductibles par imprimante. Ainsi, ils nous montrent une reproduction de la porte de la cathédrale de Valence que nous venons de visiter : le résultat est saisissant !

fab VLC

visite fab VLC

On profite de quelques jours dans un port pas trop chers pour faire un nouveau check up en haut du mât. Il tombe à pic, car le cordage qui sert à envoyer le génois est bien abimé : une pièce métallique frotte lorsqu’on l’enroule. Nous la changeons pour une pièce plus adaptée après l’avoir « extraite » à la pince monseigneur.

drisse géois abimée

coupage oeuil génois

L’antenne de notre AIS, le système de détection des autres navires, doit être montée plus haut dans la mâture, et depuis longtemps nous cherchons une astuce pour la fixer simplement. Léo trouvera la solution, et le nouveau système semble être nettement plus efficace : nous percevons les autres navires à 12 Km, c’est 2 fois moins bien que les systèmes pro, mais 2 fois mieux qu’auparavant !

antenne AIS

targets AIS

Un nouvel équipier embarque juste avant notre départ de Valence : Pierre vient passer une semaine à bord, semaine qui va être chargée en rotations d’équipages. Pierre embarque une semaine, Léo débarque après deux mois, Aymeric et Bruna viennent naviguer un week-end, Cassandre revient pour naviguer deux mois, et Laura vient nous voir quelques jours ! Avec autant de passage de « jeunes » à bord, on a forcément l’esprit festif, mais le vent n’est pas là : on se couche très tard, et on se lève très tôt ! Les siestes commencent rapidement.

Pierrot barre

En direction de Castellon de la Plana, un phénomène météo local hostile nous attend : une brise de mer s’oppose au vent d’un orage qui vient de la terre. Les conditions parfaites pour créer des trombes marines. Les nuages en spirales nous mettent la puce à l’oreille, et nous affalons toutes les voiles à temps, et verrons une petite trombe se former après que le nuage nous soit passé dessus. Wikipédia nous rassurera : ce type de trombe n’est pas dangereux, mais juste impressionnant !

trombes et orages

Costa del Sol et pétole

  • Pétole : Nom féminin, du latin peditum (pet). Absence de vent, calme plat.

Calme plat

La pétole 2

Gibraltar-Almeria : 160 milles nautiques, rien du tout ! C’est la moitié de la distance Pornic-La Corogne, ça va être avalé en deux jours !

Eh bien non ! Nous sommes définitivement entrés en Méditerranée, et ici, le vent fait ce qu’il veut, quoi qu’en disent les modèles météo ! Et en ce moment, il ne veut pas qu’on avance. Huit jours, il nous faudra huit longs jours pour arriver péniblement jusqu’au Cabo de Gata ! Et surtout, pas dans les paysages et les villes les plus intéressants d’Espagne…

Le Levante (vent d’Est) nous a cueillis à la sortie du Détroit de Gibraltar, et nous permet de parcourir 40 milles, jusqu’au moment où il nous lâche progressivement, mais définitivement.

Nous nous dirigeons au moteur vers Torremolinos (dont nous n’avions jamais entendu parler avant, pauvres de nous !), et nous découvrons avec consternation les ravages du tourisme de masse… Barres d’immeubles, enfilades de restaurants attrape-touristes, port cher, empli de yachts…

Le port de Benalmadena

Nous comprenons que la Costa del Sol manque un peu d’intérêt quand on n’est pas un touriste anglais en quête de fiestas et de plages bondées ! Le paysage, très minéral (c’est la région la plus aride d’Europe), est miné par les immeubles en front de mer, et les serres emplissent tous les espaces un tant soit peu horizontaux qui restent. (Les tomates espagnoles au mois de décembre, c’est ici qu’elles poussent)

La météo est peu fiable, il y a (peut-être) du vent au large, mais il faut s’éloigner de 20 milles des côtes. Et si, après avoir fait ces 5 heures de moteur en s’éloignant de notre route, le vent n’est pas au rendez-vous, que faire ?

Nous finissons par comprendre qu’il ne faut pas chercher à trop comprendre la météo, et tenter de profiter du moindre vent dès qu’il souffle ! Ah, si, une chose est constante, le vent tombe totalement la nuit, il vaut mieux donc trouver un abri avant.

Vu la violence des éléments, les quarts à la barre se passent souvent en compagnie d’un livre ou d’une autre occupation (couture, e-mails, cartes postales…), abrité du soleil (de plomb) sous un chapeau.

La pétole

La pétole

Nous avançons par sauts de puce, couvrant environ 15 milles par jour, soit le quart de notre moyenne habituelle. Nous partons lorsque le vent se lève, souvent vers la mi-journée, puis il tombe progressivement, et quand le bateau avance à moins de 1 nœud, on démarre le moteur pour finir l’étape.

Cependant, les conditions calmes nous permettent d’effectuer plusieurs prélèvements de plancton, et c’est avec joie que nous nous adonnons à cette activité qui, bien qu’elle nécessite que le bateau avance à la vitesse ridicule de 1 à 2 nœuds, permet de nous occuper pendant une heure !

Plancton

Tout de même, loin des villes ultra-touristiques nous ferons quelques découvertes de mouillages magnifiques, avec des très beaux spots de plongée sous-marine. La pêche au harpon sera plus fructueuse que la traîne (qui, depuis le Cap St-Vincent, nous a permis de ramener un total de… zéro poissons), puisque nous aurons un repas agrémenté de mulets sauvages, de balistes et d’un poulpe !

Mouillage à la Cala de los Cañuelos

Un baliste, poisson à la peau très dure mais très facile à pêcher

On a pêché un poulpe !

Le poulpe en cours de cuisson

Faute de pouvoir bien cuisiner le poulpe (l’ami Google nous apprend qu’il faut le congeler 24h avant de le cuisiner, pas pratique sur notre bateau seulement équipé d’une petite glacière), il aura une texture un peu caoutchouteuse…

Au bout d’une semaine, nous voilà arrivés au Cabo de Gata, qui marque la fin de la Costa del Sol et le début de la Costa Blanca. Le vent est avec nous, pile-poil dans le bon angle, et on déboule sous spi à plus de 7 nœuds de moyenne !

A 7 noeuds sous spi

De caps en caps : de Lisbonne à Gibraltar

Nous voilà aux portes de la Méditerranée ! Depuis Lisbonne, le vent est de moins en moins présent, et l’on n’avance pas aussi vite que l’on voudrait !

Une première journée dans un vent fort et bien orienté nous a permis de rallier Sines rapidement, à plus de 7 nœuds la plupart du temps, avec des pointes dans les surfs qui ont atteint 13 nœuds ! Sines est le dernier abri avant le Cap Saint Vincent (la pointe Sud-Ouest du Portugal), qui est tout de même à environ 60 milles, ce qui correspond à une douzaine d’heures de navigation. Il faut donc être sûr de la météo au cap avant de partir ! Nous attendrons quelques jours à Sines, en profitant pour faire de petites réparations en haut du mât, et une grosse lessive !

Olivier grimpe au mât pendant que le linge sèche

Nous échangeons aussi quelques techniques de pêche avec nos voisins de ponton, qui nous aident à préparer de nouvelles lignes de traîne. Yahia, notre « responsable pêche » officiel, nous rejoint ici, et nous passons ensemble le Cap St Vincent et ses impressionnantes falaises.

Cap St Vincent

Même si ce n’est pas l’entrée officielle dans le détroit, la grande houle atlantique commence à disparaitre progressivement, ce qui apporte un peu de confort à la navigation. La nouvelle ligne de traîne fait ses preuves, et nous pêchons pléthore de maquereaux, et un petit thon !

On pêche un thon à la traîne

L’étape suivante est Olhão, non loin de Faro, située dans la lagune, longue étendue d’eau protégée de la mer par un cordon dunaire. A l’entrée de la lagune, nous passons la barre des 1000 milles parcourus depuis notre départ de Pornic !

Nous jetons l’ancre juste en face du marché de la ville. C’est le moment de tester si notre kayak (officiellement 2 places) supporte bien le poids de 3 personnes plus les courses !

Transport en commun

Cassandre nous rejoint pour une semaine, au cours de laquelle nous irons jusqu’à Rota, dans la baie de Cadix. Il nous faudra presque deux jours pour boucler la traversée, le vent nous abandonnant à la moitié (sûrement un effet météo au passage de la frontière espagnole). On profite que le bateau avance très lentement pour faire des prélèvements de plancton grâce au kit de Plankton Planet. Découvrez le projet ici : http://planktonplanet.org/?lang=fr

Prélèvement de plancton

Mais, lorsque le bateau n’avance plus du tout, on finit par se dire qu’il fait chaud, qu’on est pas trop pressés, et qu’on peut bien piquer une tête seuls au milieu de la mer !

Pétole, baignade

Mais au cours de la séance baignade, on découvre un morceau de filet coincé dans l’hélice, qu’il faut aller enlever au couteau.

Bout dans l'hélice

Après avoir terminé la traversée au moteur dans une douce odeur de frite, nous passons quelques jours à Rota, qui s’avère être une sorte de Cadix-Plage : immense étendue de sable, immeubles juste derrière… Pas de doute, on commence à arriver au Sud de l’Espagne et son tourisme de masse ! Nous tentons de traverser la baie pour rallier Cadix un après-midi, mais le vent forcit à mesure que nous avançons. Quand les rafales atteignent 50 nœuds, on se dit qu’il est peut-être plus sage de faire demi-tour que de continuer au près… Au retour, avec le génois déroulé à moitié pour seule voile, le bateau file à 6 nœuds !

Nous partirons finalement le lendemain, direction le Cap Trafalgar, entrée « officielle » du détroit de Gibraltar ! Pas de bataille navale au programme pour nous, plutôt une guerre psychologique contre la pétole qui commence, et qui va se mener par intermittences pendant les prochaines semaines…

Yahia, le Cap Trafalgar, des pâtes

Notre route nous emmène à Tarifa, point le plus étroit du détroit (à seulement 14km du Maroc) et aussi spot de planche à voile et kitesurf de renommée mondiale. Pourquoi ? Tout simplement parce que le vent souffle ici à plus de 30 nœuds environ 300 jours par an ! Les centaines d’éoliennes sur les montagnes environnantes ne sont pas là pour décorer !

Eoliennes à Tarifa

Nous commençons à découvrir la météo changeante de la Méditerranée, le vent passant du plein Est au plein Ouest en à peine deux heures. Ce changement nous permet de rallier directement la baie de Gibraltar, endroit ô combien charmant quand on est un petit voilier au milieu de dizaines et de dizaines de cargos ! Pour tout arranger, Gibraltar, connu pour ses brouillards soudains et sa météo aléatoire, ne faillit pas à sa réputation, le soleil décline et le vent tombe… Heureusement, notre système de détection automatique fonctionne parfaitement, et nous permet de regarder passer d’assez loin les immeubles flottants.

cargo à Gibraltar

Gibraltar, c’est avant tout une énorme plaque tournante du commerce mondial. Porte de la Méditerranée, lien entre l’Afrique et l’Europe, des milliers de tonnes de marchandises diverses y transitent chaque jour. C’est aussi un lieu de tensions, avec l’enclave anglaise, « dernière colonie d’Europe », bien accrochée à son célèbre Rocher.

Le Rocher de Gibraltar

Le Rocher de Gibraltar

Par chance, lors de notre visite à son sommet, le Rocher n’était pas dans les nuages, et nous avons pu profiter de la vue magnifique sur la baie, la Méditerranée et le Maroc (au fond à gauche sur la 2e photo).

La baie de Gibraltar

Au fond à gauche, le Maroc !

Nous passons le cap d’Europa Point le 2 juin, marquant notre véritable entrée dans la Mer Méditerranée !

Passage de Gibraltar

Réparations, Capitale.

Nous repartons de Nazaré pour Lisbonne, et passons ainsi le Cabo da Roca, point le plus ouest de l’Europe : il est plaisant de mettre de l’est dans notre route ! Dès potron-minet, on entend les gémissements de l’imprimante 3D:  il y a moult pièces à réparer pour nos prototypes et sur Karukera!

3D printing at sea

On s’est fixé un défi : réparer l’hydrogénérateur avant d’arriver sur le Tage : on réussit, mais l’un d’entre nous marchera sur une des pales : on en re-fabriquera d’autres !

Pièces de l'hydrogénérateur 2

Arrivés à Lisbonne, nos préoccupations sont bien loin du fado et du tram 28 : où sont Leroy-Merlin et les accastilleurs ? Comment dit-on « tige filetée » et « poulie » en Portugais ? On parvient à trouver toutes les pièces détachés que nous recherchons, mais après 48h, nous n’avons toujours pas vu grand-chose de la ville. Heureusement la mère d’Adrien est là et nous en profitons pour visiter un musée et nous balader un peu !

L’objectif à Lisbonne est aussi de visiter les fablabs et autres lieux de fabrication numérique qui s’y trouve ! On file découvrir le fablab EDP, (l’équivalent du « EDF » français: http://www.fablabedp.edp.pt/en), qui travaille à la fois avec des entreprises et des particuliers. Travaillant à la fois sur la fabrication de circuits électroniques « maison » et sur les traitements de finition de pièces 3D, et on est impressionnés du boulot qu’ils arrivent à faire en étant 3 permanents ! Cet accueil chaleureux à Lisbonne nous fait oublier les cars de touristes qui débarquent continuellement pour faire des « selfies » tout autour de la marina…

Visit at Fablab EDP

Ils viendront ensuite visiter le bateau et nous apporterons un bas de pale d’éolienne et une pale d’hydrogénérateur !

Fab EDP aboard Karukera

Nous allons aussi visiter le Creative Studio Leds&Chips (http://ledsandchips.com) qui nous a fabriqué 3 bas de pâles d’éolienne ! Ils ont eux même-conçu une impressionnante imprimante 3D géante, qui fait presque 1 mètre cube ! Ils seraient capable d’imprimer notre éolienne en une seule pièce, mais très modestes ils ont nommé la machine « Yet Another Rep Rap » (juste une autre imprimante 3D open-source). Une multitude d’objets divers est exposé dans leur studio, dans des dimensions inhabituelles pour des objets imprimés 3D : buste de femme, tabouret, maquette de chimère !

visiting Leds&Chips : huge 3D printer: the YARR

En venant visiter Karukera, ils apportent les dernières pièces manquantes pour l’éolienne !

team Leds&Chips giving Lab-REV two blades for the nex wind turbine aboard Karukera!

Il faut ensuite ré-assembler le puzzle, et partir au plus vite pour ne pas payer une nuit au port de plus !

remontage de la nouvelle éolienne

En noir et blanc le rendu est bon. Nous on s’était bien habitués au multicolore, celle-là fait plus pro, il va falloir y faire attention !

Mise en place de la nouvelle éolienne

Lisbonne nous a permis de rencontrer pleins de makers passionnants, et nous tenons à remercier les fablabs qui nous ont aidé! Zbis (http://zbis.fr/) tout d’abord qui nous avait imprimé les hauts de pâle en France, le fablab EDP (http://www.fablabedp.edp.pt/en), Leds&Chips (http://ledsandchips.com/) ainsi que Gino du hackerspace de la Corogne (http://bricolabs.cc/)! Mais après une semaine entre les bruits de train et ceux des voitures, on n’est pas fâchés de repartir. Inès est rentée en France, et nous visons Faro où nous devons retrouver deux nouveaux équipiers . Les côtes de l’Algarve et un bon coup de vent nous attendent!

 

Malchances portugaises : de Baiona à Nazaré

Conjonction des astres ? Neptune de mauvais poil ? Malheureux concours de circonstances ? Toujours est-il que nous jouons de malchance ces jours-ci…

Tout d’abord la météo, qui nous aura bloqués plusieurs jours à Baiona sous la pluie et des rafales à plus de 50 nœuds. On passe nos journées à l’intérieur du bateau, à bricoler, et on attend les accalmies pour sortir. Ça n’aide pas à maintenir le moral, surtout quand on découvre que l’éolienne s’est fracassée contre les panneaux solaires… Le vent a poussé les panneaux solaires, qui sont légèrement remontés, et l’éolienne les a percutés. Nous avions pourtant testé à la main le battement maximum qu’ils pouvaient prendre, mais il semble que le vent est plus puissant que nos bras ! Les pales sont cassées à la moitié, l’une d’elles a arraché une partie du moyeu, l’éolienne version 1 est fichue !

Eolienne cassée

Le lendemain, une petite fenêtre météo nous permet de partir vers Porto, avec un vent 3/4 de face et une houle encore bien présente, avec 4 mètres le matin ! Nous tirons des bords, et laissons les Îles Cies dans les nuages.

Iles Cies dans les nuages

Quelques heures plus tard, la mer se calme. Nous passons devant l’embouchure du Rio Minho , qui marque la frontière entre l’Espagne et le Portugal. C’est le moment de changer les couleurs, nous hissons le pavillon rouge et vert !

On hisse le pavillon portugais

Après deux jours d’escale à Porto, occupés à bricoler, imprimer de nouvelles pales pour l’éolienne, et un peu de tourisme, nous repartons vers le sud dès que la météo est favorable (enfin, un peu moins défavorable qu’avant). La journée de navigation se terminera au moteur, faute de vent. Celui-ci émet des bruits suspects, et nous découvrons que certains boulons de fixation sont desserrés.

Réglage des silent-blocks

Après quelques heures dans la cale moteur, nous pouvons repartir, à une allure correcte et sous le soleil qui s’est enfin décidé à briller ! Bonne ambiance à bord, on pêche et continue la couture d’une capote de protection contre la pluie.

Navigation et couture

Léo fait des expériences pour optimiser l’hydrogénérateur. En effet, le câble anti-torsion qui relie l’hélice au générateur doit être démêlé après chaque utilisation, et cette opération est assez longue et fastidieuse. Cf vidéo sur l’hydrogénérateur :

Le méli-mélo de l'hydrogénérateur

La nouvelle technique de démêlage est assez simple, il suffit de détacher l’hélice et de laisser le câble nu traîner dans l’eau. Les nœuds se défont petit à petit sous l’action de la vitesse. Pour rendre cette opération encore plus rapide, Léo a la brillante idée de remplacer la manille qui attache l’hélice au câble par un mousqueton, qui s’ouvre lors de la remontée du câble… L’hélice est à l’eau, définitivement perdue en mer !

Qu’à cela ne tienne, nous nous lançons un défi : imprimer une nouvelle hélice avant d’arriver à Lisbonne !

La navigation se poursuit toute la nuit vers le Sud, sous spi. L’imprimante 3D tourne pour finir les pales de l’éolienne.

Pale d'éolienne en impression

A l’aube, un étrange sentiment de déjà-vu nous envahit…Une autre partie de la drosse a cassé à nouveau ! Les conditions sont cette fois très maniables, on répare assez vite avec du bout et on se dirige vers le port le plus proche, Nazaré.

Drosse cassée

Après quelques heures de sommeil, une douche et l’installation d’une nouvelle drosse en câble, nous assistons à la sortie des bateaux de pêche du coin, tous décorés pour une procession en mer.

Bateaux décorés à Nazaré

Nous repartons le soir, direction Lisbonne, en commençant à fabriquer notre prochain hydrogénérateur !

Escales en Galice

Après nos péripéties maritimes, l’escale à la Corogne est bienvenue ! Douches, repos et courses sont au programme ! On en profite pour envoyer les vidéos à Olivier La Combe (http://www.echoesprod.com/) qui réalise le film de la première étape :

Nous allons visiter Bricolabs ( http://bricolabs.cc ), le hackerspace de la Corogne, qui est hébergé dans le Domus, musée d’histoire naturelle de Galice. Nous sommes accueillis par une charmante communauté de makers avec qui nous échangeons autour de nos projets respectifs.

bricolabs

On leur parle d’un de nos problèmes avec la centrale de nav, et le lendemain ils ramènent le gros matos à bord de Karukera : On trouve une petite perturbation électromagnétique à l’aide d’un oscilloscope, et hop, l’AIS (un système qui permet de voir les gros bateaux sur la carte) fonctionne! En plus de nous offrir 40L d’huile de friture recyclée, ils nous donnent aussi un petit robot qui fera  le tour des fablabs méditerranéens avec nous. #Escornabot (http://escornabot.com/web/) a une visée éducative : destiné à des enfants de 6-10 ans, il est diffusé uniquement en kit pour initier les jeunes élèves aux bases de la programmation !

escornabot

Après les 700 premiers Kms, Karukera a besoin d’un petit check-up. Les drosses de gouvernail sont changées pour du neuf, et Olivier confectionne une barre franche de secours. On n’espère ne jamais l’utiliser, mais celle-ci s’installant dans la cabine arrière, pourquoi ne pas l’utiliser lorsqu’il pleut ?

drosse

Une montée en haut du mât s’impose pour contrôler les différentes poulies et câbles. On optimise un peu le tout, mais globalement tout va bien !

check up mât

Bilan très positif à cette escale où nous avons bien profité des tapas et des cañas, avec Céline ( http://martineenbateau.com/a-propos/), une boat stopeuse qui revenait d’un tour de l’Atlantique et poursuivait vers la Norvège. Le bateau est prêt, et nous repartons avec Inès, en direction des îles Cies.

ines nouvelle equipière

La première journée de nav’ n’est pas très tolérante pour les estomacs non amarinés : le peu de vent et la grosse houle font rouler le bateau sans cesse. On passe rapidement à Muxia pour dormir quelques heures, le temps d’assimiler un repas chaud ! Un petit imprévu : les noms autour de la coque sont la cible de ceux qui penchent la tête par-dessus bord… Désolé à nos Kissbankers, mais vu les vagues, c’est vite nettoyé !

Le mythique Cap Finisterre nous offre des conditions tellement clémentes qu’on peut le raser. Cette belle journée nous permet de profiter à fond du soleil et de la chaleur qui ne nous ont pas beaucoup accompagnés jusqu’ici. L’ambiance est au beau fixe à bord !

finisterre

C’est aussi l’occasion de sortir les lignes de traîne ! Ça marche très bien, et on pêche trois maquereaux et une orphie. Les filets sont découpés et préparés par Adrien, et nous confectionnons de bonnes rillettes à bord !

fishing

 

Nous arrivons aux îles Cies de nuit, en tirant de petits bords dans un vent léger. Les îles que nous découvrons en nous levant sont magnifiques ! Kayak et randos sont au programme, on tire des bords entre les îles pendant que ceux qui sont restés à terre nous photographient !

cies at anchor_1

cies sailing_1

On doit quitter ce petit paradis plus tôt que prévu pour se réfugier à Vigo, un sale coup de vent étant en approche.

vigo fait pas beau

Une fois arrivés, malgré la pluie battante, nous partons en quête d’instruments de musique à travers la ville. Olivier et Adrien n’ont pas pu prendre leurs cuivres, et la frustration grandit. On trouve finalement un petit Yukulélé et une flûte à bec ! Les autres tentatives d’activités seront des échecs, et nous écourtons l’escale en prétextant que le port était assez cher. Nous tirons des bords en direction de Baiona où des amis rencontrés à la Corogne nous attendent!