alix tracté annexe

Après avoir passé près d’un mois sur les côtes italiennes, jonglant entre les marinas très onéreuses tenues par des ormeggiatori parfois malhonnêtes et des restaurants où le prix à payer n’est pas toujours celui indiqué sur la carte, la navigation en Grèce est un vrai bonheur. Les bateaux rencontrés naviguent à la voile, les ports sont considérés comme un service public et la proximité entre les îles montagneuses rend le quotidien confortable. Enfin, auraient pu. Car c’est sans compter sur Murphy et sa loi de l’emmerdement maximal, qui semble s’être abattue sur nous tout au long des dix maigres journées que nous y aurons passées. Le paradoxe associant conditions de rêve et problèmes techniques, aura laissé chez nous une touche de frustration.

Arrivés à Argostoli après 60h de navigation dans les orages depuis la Sicile, nous déplaçons le bateau pour faire le plein d’eau, prendre une douche et faire les lessives. Amarrage peu commun dans les escales que nous avons pratiquées jusque-là, ici on met l’ancre dans les ports : le bateau, perpendiculaire au quai, est retenu par son ancre à l’avant et attaché par deux amarres à l’arrière. Enfin, « perpendiculaire »… Tout est une question d’interprétation et entre voisins, cela pose problème : si les chaînes des mouillages ne sont pas parallèles, l’une d’entre elle va recouvrir sa voisine. Cette considération est déjà fastidieuse sur le papier, et devient périlleuse en réalité. En clair, si celui qui arrive en dernier le soir ne part pas en premier le matin, il risque d’y avoir un problème avec les ancres. A Argostoli, au moment où nous nous apprêtons à larguer les amarres, un ferry vient se ranger sur notre bâbord et met sa chaîne sur la nôtre. Il faut donc plonger pour dégager notre ancre de la sienne, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Munis de deux grosses bouées, nous mettons 2 bonnes heures à nous sortir de là en pataugeant dans une eau de port où se jettent non seulement les eaux souillées des bateaux avoisinants, mais probablement aussi les égouts de la ville au vu de l’odeur environnante.

plonge dans les toilettes de tes voisins

paire galère Agro

Cap sur Lixouri, un petit port à proximité, où nous sommes seuls. Mais malheureusement celui-ci n’est pas aussi protégé qu’il n’y parait ; le vent et les vagues mettent en péril Karukera qui se trouve juste devant un quai. Si l’ancre dérape dans ces conditions, la poupe du navire sera abîmée sans que nous ayons eu le temps de réagir. Un policier municipal nous indiquera alors qu’on ne peut tout simplement pas s’amarrer dans ce port : les infrastructures sont en effet endommagées, probablement à cause de la faible protection des digues face au vent dominant. Nous parvenons malgré tout à obtenir l’accord d’aller se mettre sur un quai mieux protégé pour la nuit. Nous commençons la manœuvre, remettons l’ancre à poste et installons les amarres pour aborder notre nouvel emplacement. Une fois que nous serons complètement prêts, le vent tombera… Frustrant.

Nous repartons le lendemain pour Fiskardho, un port du Nord de  Céphalonie. On longe l’île toute la journée, ce qui nous vaut un assez joli spectacle, alternant plages de sable blanc et côtes escarpées.

Yukulélé à l'arrière

L’arrivée à Fiskardho nous offre un nouvel exercice d’amarrage. Les quais sont pleins, il faut donc mettre l’ancre à l’avant et frapper les amarres sur des anneaux prévus à cet effet au bord de la route. Mais on ne peut se coller à la route, faute de profondeur : 2 équipiers rejoignent donc la terre en annexe avec de longues amarres, pendant que les 3 autres font la manœuvre d’ancre. On s’en sort étonnamment bien ; être 5 à bord y contribue grandement !

mouillage fiskardo

Malheureusement, le voisin qui viendra se mettre à nos côtés a une interprétation bien à lui du parallélisme. Au moment où nous souhaitons repartir le lendemain, nous devons donc plonger pour démêler les chaînes. Si l’eau est plus claire et son ancre plus légère, la difficulté relève de la profondeur plus importante à laquelle il faut plonger. Ayant pris le coup de main, cela se fait plus vite. Mais au moment de démarrer notre cher Brutus, le moteur de Karukera, le démarreur n’enclenche pas ! Et d’ailleurs il n’enclenchera plus. Commencent alors deux journées de réparations mécaniques, dans l’atelier qui s’improvise dans le carré du bateau.

démarreur qui démarre pas

Pendant qu’une partie de l’équipage s’occupe de réparer le démarreur, une autre répare le rail de mât de grand-voile qui avait bien souffert pendant la traversée. Deux ascensions au mât, quelques vis de changées et c’est reparti pour 40 ans !

problème rail Grand Voile

réparation rail GV

Seulement, une pièce du démarreur semble HS et elle n’est pas disponible à Fiskardho : il faut aller sur l’île de Levkas pour en trouver une. Nous nous résolvons donc à démarrer Brutus à la manivelle !

démarrage manivelle

Exercice physique et fastidieux, il est plus facile de le faire sur une mer plate. Des conditions assez favorables sont avec nous et nous rallions Nidri sur Levkas sans difficulté. Nous sommes assez chanceux car nous trouvons très vite un électricien qui a la pièce. Nous souhaitons lui acheter afin de faire la réparation nous-même mais il refuse, et nous fait la réparation du jour pour le lendemain. Si l’homme est bourru et peu commode, le boulot est très bien fait ; le démarreur fonctionne à nouveau et Brutus démarre au quart de tour !

démarreur réparé à l'atelier

ça tourne!

On profite de cette escale charmante, remplie de voiliers de grand voyage qui viennent trouver des pièces détachées de seconde main assez spécifiques, ou bien simplement profiter de la tranquillité de la baie ultra-abritée qui fait face au port. Peu avant d’en repartir, c’est notre voisin qui « pêchera » notre ancre : il la remonte au bout de la sienne, et alors que nous dormions encore, Karukera se met à chasser. Heureusement assez sympathique, il replacera l’ancre en bonne position avant de repartir ; pas de plongée cette fois-ci, juste un réveil un peu difficile.

Notre voisin emporte notre ancre

Les problèmes techniques semblent résolus, et nous pouvons donc (enfin) profiter des 5 derniers jours qu’il nous reste avant de remettre le cap à l’Est ! Nous visons une baie sublime sur l’île de Meganisi, et profitons du trajet pour faire un prélèvement de plancton ainsi qu’un peu de surf sur l’annexe en se laissant tracter par le bateau.

Surf en Annexe

plancton Ionniennes

navigation dans les îles

Dans la baie des guêpes, la manœuvre est similaire à celle de Fiskardho, à un détail près : les amarres frappées à terre sont attachées aux arbres qui bordent le rivage. Mais la profondeur est importante : nous devons mettre toute la chaîne. Et peut-être trop, car nous perdons carrément le mouillage ! Après les 45m de chaîne de Karukera, il y a un bout censé rallonger de 10m la longueur de celle-ci. Seulement, ce dernier n’a pas dû être bien attaché en février/mars dernier lorsque nous avons fait l’inspection du mouillage ; il se détache et le mouillage se retrouve au fond de l’eau. Heureusement, nous avons un second mouillage à bord et nous l’utilisons pour immobiliser le bateau le temps d’effectuer les recherches sous-marines. Nous parvenons tant bien que mal à récupérer le mouillage principal, nous rangeons le mouillage secondaire et nous recommençons la manœuvre.

mouillage magnifique

Une heure après, le bateau s’est rapproché de la berge. De toute évidence, l’ancre chasse doucement : impossible de dormir ici, nous repartons. Heureusement la baie suivante propose un mouillage plus conventionnel : une ancre à l’avant et c’est tout ! La nuit sera excellente, Karukera seule sous les étoiles.

mouillage Meganisi

Nous repartons le lendemain vers Ithaque, et visons le très petit port de Frikes. Le vent est soutenu, et le bateau marche bien au près sur un plan d’eau plat ! Implanté dans une vallée, Frikes est pittoresque mais les rafales y sont violentes, allant jusqu’à arrêter le bateau alors que le moteur est à haut régime. Après avoir lutté pour avoir une place face aux autres bateaux qui sont arrivés en même temps que nous, nous finissons par s’amarrer et nous filons profiter de douches chaudes proposées par l’épicerie locale contre 3€. Les températures moyennes ont diminué en cette seconde quinzaine d’août, et nous profitons du confort de ne pas transpirer dans les minutes qui suivent cette agréable sensation de propreté !

Une option météo se dessine, et c’est déjà le moment de repartir ! Nous faisons les pleins de gasoil en marchant presque 1km jusqu’à la pompe, et nous nous faisons livrer de l’eau potable par camion-citerne, à tout de même 7€ les 100L ! Nous repartons ensuite pour Fiskardho, un bon point de départ pour la traversée, qui présente l’avantage d’avoir plusieurs supermarchés.

louvoyage Ionniennes

La manœuvre d’amarrage est encore des plus inhabituelles, et puisqu’il n’y a plus de place sur le quai, nous nous mettons dans le coin de celui-ci : une ancre à l’avant, une sur le côté, et une amarre frappée à terre. Un conseil : n’allez pas faire ces manœuvres en solitaire ! Les pleins sont faits, on récupère quelques souvenirs et nous partons vers la Sicile. Seulement lorsque nous hissons la grand-voile à la sortie du port, une bosse de ris (un cordage qui a la mauvaise habitude de pendre de la baume tant que la voile n’est pas bien hissée) vient se bloquer dans le GPS et le projette contre la cloison du cockpit : il n’affiche plus rien. Nous présumons qu’un câble s’est débranché, et faisons demi-tour vers Fiskardho. Le vent souffle fort, et la manœuvre n’est pas évidente. Au dernier moment, l’ancre se met à chasser alors que nous sommes juste à côté du quai. Le bateau tire fort sur ses amarres, et les chaumards  arrière (pièces de renvoi des amarres) cèdent. Très bien, cela fait du boulot pour tout l’équipage : pendant que certains essaient de réparer le GPS, d’autres s’occupent de réparer les chaumards.

GPS HS

Chomards HS

Seulement, le GPS semble définitivement HS et à moins de s’improviser électroniciens, nous ne pourrons le réparer. Le magasin de fournitures nautiques que nous connaissons bien propose de nous faire livrer un GPS à 1800€ quatre jours plus tard. Pas d’autres solutions en vue. Tant pis, nous traverserons sans GPS fixe puisque cela n’est pas nécessaire ; nous avons sur Karukera des GPS portables qui feront très bien l’affaire. Nous tâcherons de trouver une solution plus confortable en Sicile, et nous nous en passerons d’ici-là ! Le lendemain aux aurores, nous larguons les amarres dans une bonne brise et des conditions de mer agitée. Karukera file bien mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines ; les 24 premières heures s’annoncent rudes, à devoir tirer des bords dans de la mer formée.

départ îles Ioniennes