CatégorieMontpellier – Pornic

Toulouse – Pornic : On rentre à la maison !

Nous quittons Toulouse avec un moteur comme neuf. L’huile de friture est dorénavant bannie à bord du bateau, le réservoir bâbord qui jusqu’à présent contenait notre mélange huile/gazole a été vidé, nettoyé puis rempli avec du gazole pur.

La deuxième partie du canal dans Toulouse est assez glauque, nous passons dans des écluses remplies de déchets et traversons des quartiers peu recommandables. Suite à ça, nous longeons l’autoroute pendant 30km et enfin, à la fin de la journée nous arrivons dans des zones plus sauvages. Nous sommes maintenant sur le canal latéral à la Garonne. Ici le passage est recommandé pour des bateaux ayant jusqu’à 1,60m de tirant d’eau, trop facile! Les écluses sont automatiques, peu avant d’arriver à l’écluse il nous faut tirer sur une perche suspendue au dessus de l’eau pour actionner les portes. Système très pratique mais qui limite les échanges humains, les éclusiers n’existant plus ici… Enfin, comparé au canal du midi, celui-ci est très droit. Il nous arrive de tracer de grandes lignes droites de plusieurs kilomètres sans un seul virage, un peu monotone, on vous le fait pas dire!

Néanmoins, nous arrivons dans le pays du canard! Ici, on mange bien et les petites villes que nous traversons sont charmantes.

Montech

L’automne est de plus en plus présent, les couleurs des arbres sont magnifiques et les feuilles des platanes tombent continuellement. Ce dernier point devient de plus en plus problématique : à certain moment nous avons l’impression de naviguer sur un océan de feuilles et souvent à la sortie des écluses, l’hélice fait des bruits étranges et ne pousse pas le bateau à plus de 2 nœuds. Il semble que des agglomérats de feuilles obstruent l’hélice, il nous faut alors faire une marche arrière pour les dégager.

mer de feuilles

La seule grande ville dans laquelle nous passons est Agen. A la sortie de la ville, un pont canal nous permet de passer au dessus de la Garonne. Le vieux pont en pierre est magnifique et la vue d’en haut est très impressionnante, ça fait toujours bizarre de passer sur un cours d’eau au dessus d’un cours d’eau…

pont canal Agen

Grâce à notre nouveau vélo acheté à Toulouse, un membre de l’équipage part faire des courses pendant que les deux autres continuent à faire avancer le bateau. Nous nous retrouvons 3 écluses plus loin sans avoir perdu une minute. De plus, les péniches de touristes sont moins louées par ici et avec la saison déjà bien avancée, nous ne croisons pratiquement personne sur l’eau.

Nous nous retrouvons donc devant la dernière écluse du canal latéral seulement 4 jours après avoir quitté Toulouse. Nous y passons la nuit car il nous faut attendre le lendemain matin pour que la marée soit haute sur la Garonne, sans cela l’écluse de sortie est impraticable. Pour passer la nuit, nous utilisons pour la première fois les fameux piquets que nous avons depuis Sète et qui servent à amarrer le bateau quand il y a ni arbres, ni taquets à proximité.

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Cassandre a quitté le bateau et nous sommes à nouveau deux (Adrien et Olivier). Nous passons la dernière écluse (de 6 mètres de haut tout de même) et nous voilà enfin sortis des canaux! Après près de 3 semaines passées sur une eau plate, nous redécouvrons la navigation sur un fleuve quelque peu mouvementé. Il y a des bouées de chenal, des troncs qu’il faut éviter et du courant, beaucoup de courant. Les coefficients de la journée sont de 100 et grâce à eux, nous défilons à plus de 9 nœuds sur la Garonne.

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Il nous faudra environ 4 heures pour rejoindre Bordeaux. Nous accostons au ponton d’honneur juste après le pont de pierre. Ici, nous retrouvons notre ami Adrien (alias Guigui) et sa copine Maureen. Ca tombe bien on est samedi, c’est halloween et il y a la finale de rugby, le programme s’avère chargé.

Le lendemain, nous sommes forcés de nous déplacer à Lormont, un quartier au NE de Bordeaux, car l’amarrage n’est plus sécurisé ici. En effet, le vent s’est levé et avec lui un clapot qui fait bouger le bateau et tire violemment sur les amarres. L’après-midi, nous retrouvons la quasi-totalité de la famille d’Olivier, (une grande partie habite Bordeaux) et le soir nous retrouvons Alix chez ses parents (eux aussi habitent près de Bordeaux).

Le lundi, nous devons mater sur le petit ponton de Lormont. Une petite grue y est installée, elle doit être suffisamment grande pour le mât principal. Le rendez-vous pour gruter est à 14h et les types se pointent à 15h, ça commence bien! Ils essayent de mettre la grue en marche mais cette dernière ne veut rien entendre. Ils bidouillent les câbles mais toujours rien. La gestion du ponton est certes compliquée : trois organismes gravitent autour à savoir la mairie de Lormont, le club de voile de Lormont et le club des plaisanciers. Résultat des courses : tout le monde se renvoie gentiment la balle. On réalise que la grue n’est pas prête de fonctionner, ni aujourd’hui, ni demain. Rapidement, on monte un plan B. La marée est encore descendante pendant 3 heures, c’est tout juste suffisant pour atteindre Pauillac. Mais il nous faut récupérer Catherine, la mère d’Adrien à la gare de Bordeaux dans 3 heures. Heureusement, le père et le frère d’Alix sont venus nous filer un coup de main. Gaël, le frère d’Alix part avec Adrien en bateau pendant qu’Olivier part en voiture avec Hervé, le père d’Alix. Le deuxième groupe passera chercher Catherine à la gare et retrouvera les autres à Pauillac. Mission accomplie! Nous arrivons tous en même temps au port de Pauillac.

Le lendemain, devant la grue, on sent que cette fois ci, les gars savent de quoi ils parlent. En moins d’une heure les deux mâts sont en place et nous sommes prêts à repartir! Seul petit contre temps, la partie basse du ridoir du bas hauban avant tribord est tombée à l’eau (sans doute pendant le canal), il nous faudra la racheter à Royan parce qu’ici il n’y a pas de magasins d’accastillage.

remâtage

Encore avec la marée descendante, nous rallions Royan en moins de 4 heures. On a encore du boulot sur les mâts : il faut retrouver la pièce manquante des ridoirs, régler plus en détail la tension des haubans et refaire les raccords des câbles électriques. Cette dernière partie nous posera quelques problèmes car le câble des feux de mât a été sectionné. Nous devons souder de nouveaux câbles et rendre tout cela étanche. Finalement, le lendemain, c’est à 13h que nous sommes prêts à partir.

Un vent de sud est censé être avec nous toute la semaine, c’est idéal pour remonter jusqu’à Pornic. Seulement, lors de la première étape jusqu’à Saint-Denis d’Oléron, le vent se révèle moins fort que prévu. Nous faisons toute la route au moteur avec la grand voile pour gagner quelques dixièmes de nœuds. La seconde étape commence aussi au moteur. Nous avons de plus en plus l’impression d’avoir remis les mâts pour rien, mais vers midi, le vent se lève enfin et nous arrivons aux Sables d’Olonne sous spi. Là-bas, nous déposons Catherine et nous retrouvons Léo, qui vient faire la fin du périple avec nous. Nous en profitons pour revoir Gwen, notre conseiller diesel à distance (http://www.gwenmarinevolvopenta.com/) qui nous a tant aidé pendant tout le voyage, encore merci à lui! Il inspecte notre moteur et nous parlons huile de friture. Une solution à notre problème serait d’installer un échangeur qui pré-chaufferait l’huile avant son injection dans la chambre de combustion… Il nous donne la pièce que nous installerons peut-être pendant l’hivernage du bateau.

Le lendemain, nous partons pour l’ile d’Yeu et il fait moche. On sent que nous approchons de la maison!

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Même si l’on voit l’artimon hissé derrière nous, les voiles ne sont pas suffisantes pour nous propulser et une fois de plus nous faisons du moteur/voile.

Après une courte nuit à l’ile d’Yeu, nous entamons la dernière étape vers notre point de départ, Pornic. Peu de temps avant l’arrivée, nous retrouvons Mathieu sur l’eau, il navigue sur son nouveau trimaran de 6m50. Dur de nous accorder sur les vitesses : malgré notre spi qui nous tire à 5 nœuds, Mathieu sera obligé d’affaler son foc et de prendre deux ris dans la grand voile pour ne pas nous dépasser à toute allure.

sous spi mistral et Karukera

Maintenant, il ne nous reste plus que 3 milles avant d’entrer dans le port. Toutes nos familles nous attendent, déjà nous les voyons en train de nous photographier de la plage. Nous passons la digue et avec un léger pincement au cœur, nous posons le pied sur ce ponton que nous avons quitté 7 mois plus tôt. Et c’est la fête, les retrouvailles, la bonne humeur et les anecdotes qui fusent.

arrivéePornic

Nous passons tous une excellente soirée qui nous sort momentanément de notre rythme de marins mais le projet ne s’arrête pas là… Un passage à Nantes, une intervention au salon nautique de Paris, la découverte de l’état de la quille quand nous sortirons le bateau de l’eau?? Nous en parlerons dans le prochain article.

Canal du Midi : passera, passera pas ?

Karucanal

Arrivés à Palavas-les-Flots, nous retrouvons Alix, qui travaille à Montpellier, et Léo, revenu naviguer quelques semaines. Nous retrouvons aussi un peu du confort des sédentaires : pouvoir prendre autant de douches que l’on veut, profiter du canapé au sec tandis qu’il pleut à verse dehors… D’ailleurs nous avons eu de la chance, ce week-end là des intempéries énormes frappent la région d’Antibes, où nous nous trouvions à peine une semaine plus tôt!

Notre escale à Palavas/Montpellier est l’occasion de rencontrer Bertrand, de MonRdvSanté. Passionné de voile, il nous suit depuis le début du voyage, et nous a préparé plusieurs rendez-vous pour partager notre projet.

Notre premier rendez-vous est à l’Institut St Pierre, établissement d’enfants malades. Devant un petit groupe d’une dizaine d’enfants, nous racontons notre aventure, puis faisons une petite démonstration d’impression 3D. Les questions fusent : « On peut fabriquer tout ce qu’on veut avec ça? Est-ce que vous avez vu des requins? » Nous leur transmettons Escornabot, le petit robot pédagogique donné par l’équipe de Bricolabs, qui a fait le voyage en bateau depuis La Corogne (http://blog.lab-rev.org/escales-en-galice/). Ca tombe bien, nous sommes avec leur professeur d’informatique, qui imagine déjà nombre d’exercices ludiques avec ce support !

Après les petits, au tour des grands enfants ! Direction Polytech Montpellier ! Nous voilà projetés quelques années en arrière, mais cette fois de l’autre côté de l’amphi ! Les étudiants en mécanique et matériaux sont très intéressés par le projet, autant sur le côté technique que sur le côté « aventure », en particulier les petites galères qui font le quotidien quand on vit dans un bateau qui est chambre, salon, cuisine, véhicule et atelier de mécanique à la fois !

Po-ly-tech

Entre deux rendez-vous, nous en profitons pour préparer le bateau pour le canal : on enlève les voiles, les bômes, on descend l’éolienne (qui sinon risque de ne pas passer sous les ponts). Et oui, c’est parti pour quelques semaines de navigation 100% moteur !

Pliage voiles

On dépose le mât d’artimon en utilisant le grand mât. Avec un grand poteau sur le pont, sans haubans pour nous tenir, nous commençons à perdre nos repères ! Non seulement il manque des points d’accroche, mais en plus on se prend le mât dans la tête dès qu’on sort de la cabine !

Dépose Artimon

Le début du canal n’est pas à Palavas, et il nous reste quand même le mât principal à déposer. Nous partons pour Sète le 8 Octobre,  très tôt le matin car il faut arriver là-bas avant 9h30, heure d’ouverture des ponts levants. Il y a environ 12 milles.

Il y a 25 nœuds de vent contre nous, et Brutus peine à nous faire avancer plus vite que 3 nœuds. A ce rythme, nous ne serons jamais à l’heure à Sète ! Mais nous avons plus d’un tour dans notre sac (à voiles), et nous gréons le foc sur la drisse de spi, et nous voilà propulsés à presque 5 nœuds !

Palavas-Sète

En véritables as du timing, nous arrivons devant le pont à 9h28. Nous passons les 5 ponts levants, et nous voilà dans l’étang de Thau, à la recherche d’un chantier qui veut bien nous démâter dans la journée. Nous accostons à un ponton au début de l’étang, et y trouvons un voilier fraîchement démâté, Courlevent, qui s’apprête à prendre le canal du Midi.

Olivier et Aurélie, après avoir navigué jusqu’aux Baléares cet été, vont hiverner à Toulouse. Ils ont des problèmes de moteur, et au bout de quelques minutes, Adrien est déjà plongé dans leur cale pour bricoler !

Il nous indiquent un chantier équipé d’une grue, et nous nous y rendons à pied, après avoir fait une escale à la boulangerie pour goûter quelques fameuses tielles sétoises! Romain, le gérant du chantier, nous donne même des madriers pour poser les mâts, ce qui nous évitera de les prendre dans la tête toute la journée !

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Nous partons le lendemain matin, en compagnie de Courlevent, les bateaux carrément à couple pour traverser l’étang. C’est plus pratique pour discuter, et nos bateaux se complètent : nous avons un moteur plus puissant, ils ont un pilote automatique.

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Nous entrons dans le Canal à midi, le 9 octobre. (je m’auto-décerne une médaille pour ce superbe jeu de mots)

C’est maintenant que les choses sérieuses commencent. Car cette étape, que l’on imagine consacrée au farniente et à l’apéro, la navigation étant sans risques, est en fait une des plus incertaines du voyage. Outre les problèmes moteur, dont on commence à avoir l’habitude, il y a le tirant d’eau. En effet, le bon Pierre-Paul Riquet (1609-1680), concepteur du canal, l’a fait construire profond de 1m60, mais en trois siècles et quelque, le canal s’est quelque peu envasé. Il est aujourd’hui garanti pour des bateaux de 1m40, voire 1m20 de tirant d’eau. Nous tirons environ 1m55 (en fait, on est pas tous d’accord, c’est une moyenne). Voilà le problème.

Nous avons connaissance de ce problème depuis le début, et nous avons imaginé de nombreuses solutions (n’oubliez pas que les 3 membres d’équipage ont fait des études d’architecture navale). Alléger le bateau? Pourquoi pas, mais pour gagner 10cm de tirant d’eau, il faut alléger… d’une tonne ! Pas facile. Une solution envisagée est de percuter un radeau gonflable sous la quille, afin de faire une sorte de « bouée » au bateau. Nous avons aussi pensé un instant à récupérer des milliers de bouteilles en plastique pour constituer cette bouée, bref, on ne manque pas d’idées!

Finalement, ça a l’air de passer, en profondeur et aussi en hauteur.

ça passe ou pas

Rapidement, nous commençons à compter le nombre de fois où nous avons touché le fond du canal. A votre avis, combien? Faites vos jeux, réponse à la fin de l’article ! Nous faisons bien attention de rester au milieu du canal, et gardons un œil attentif sur le sondeur.

Arrivés à la première écluse, il semblerait que ça passe. Nous posons la question à l’éclusier, qui nous dit en substance que si nous sommes arrivés ici, nous arriverons à Toulouse. Rassurant, mais ils n’auront pas tous le même discours.

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La vie sur le canal est rythmée par les écluses. Leurs horaires de fonctionnement imposent des horaires de navigation pépère (9h-12h30, 13h30-18h), et les manœuvres se succèdent, à raison d’une dizaine par jour en moyenne.

matin

Il est agréable de naviguer avec nos amis de Courlevent. Quand le canal est assez large, nous naviguons côte à côte, et le soir venu, nous nous amarrons à eux (avec leur 80cm de tirant d’eau, ils peuvent s’approcher de la berge. Pas nous.). Ils nous aident à nous déséchouer, et nous les remorquons quand leur moteur est en surchauffe. Nous nous complétons bien !

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Karu & Courlevent

à couple à trèbes

La navigation sur le canal n’a rien à voir avec la navigation en mer. Nous sommes à l’intérieur du paysage, et nous le voyons défiler beaucoup plus vite qu’au large. Pourtant, notre vitesse n’est que de 8 km/h (oui, sur le canal, on oublie un instant les nœuds et les milles, et on reparle en terrien). Nous passons au cœur des villes, ou plutôt des villages, et croisons nombre de touristes allemands à la barre de leur petite péniche de location. Ils nous font parfois un peu peur, en donnant l’impression qu’ils ne maîtrisent pas tout à fait leur embarcation…

Les infrastructures d’accueil des navigateurs étant assez sommaires sur le canal, nous profiterons d’une halte à Béziers pour prendre une douche sur le quai, la dernière avant Toulouse.

On frotte à Béziers

Les biefs (portion de canal entre deux écluses) s’enchaînent, certains plus profonds que d’autres, et avec parfois des variations de niveau soudaines dues aux écluses. A Carcassonne, l’équipage de Courlevent s’arrête quelques jours, tandis que nous continuons. Nous retrouvons peu après Caro et Ludo, des amis qui aiment le bateau « mais quand ça bouge pas trop ». Le canal est donc l’occasion de passer du temps à naviguer avec eux sans qu’ils craignent le mal de mer.

Equipage au col de Naurouze

Ecluse montante

Nous nous échouons à quelques mètres de la ligne de partage des eaux, au col de Naurouze, point le plus haut du canal (190m au-dessus du niveau de la mer, quand même). Olivier et Léo sont obligés de descendre à terre avec des amarres pour aider le moteur. Quelques minutes plus tard, c’est reparti ! Nous nous arrêtons pour la nuit non loin de l’Obélisque de Riquet, monument à la gloire du concepteur du canal.

Les véritables ennuis commencent le lendemain. Le premier bief descendant vers Toulouse est très encombré, nous raclons quasiment continuellement le fond. Après avoir passé l’écluse de Montgiscard, nous nous heurtons à un gros, très gros banc de vase (les éclusiers appellent ça un « toc »), qui nous bloque totalement.

Nous descendons avec des amarres, pour aider le moteur, mais rien à faire, le bateau est planté. Nous tirons comme des ânes depuis le pont situé quelques mètres devant, ça ne bouge pas.

hâlez matelots

Olivier part en annexe pour sonder le fond en avant du bateau. Le toc fait au moins 25m de long, et c’est toute la largeur du canal qui est encombrée.

Olivier Sonde

Nous nous en tirerons à la nuit tombante, au bout de deux heures d’efforts, en faisant bouger le bateau pour creuser la vase, puis en combinant l’ancre (portée en avant avec l’annexe et ramenée au treuil), trois personnes à tirer à terre, et le moteur à fond. Grâce à cette technique, nous avançons de 5m en 5m, et arrivons petit à petit à passer le toc.

Nous décidons de continuer jusqu’à la fin du bief, avec Ludo, Olivier et Léo marchant sur le chemin de halage avec des amarres au cas où un nouveau toc se présente. Sept kilomètres de marche nocturne, à la frontale sur un chemin parsemé de branches et de trous, à jouer les éclaireurs pour le bateau !

Le lendemain, c’est le moteur qui refuse de démarrer. Déjà la veille, le démarrage a été difficile, mais ce matin, rien à faire. Il a été beaucoup sollicité depuis une semaine, et n’a pas l’air d’aimer ça… En plus, il fait de plus en plus froid le matin, ce qui n’aide pas. Nous passons l’écluse « à la main », et après quelques dernières tentatives, nous nous résignons à avancer jusqu’à l’écluse suivante en halant le bateau, en quête d’électricité pour recharger les batteries usées par les démarrages.

Halage

A cette écluse (la dernière avant Toulouse), nous rencontrons Blaise, qui travaille au restaurant en face, et habite sur sa péniche un peu plus loin. Il nous prête gentiment de l’électricité. Cependant, le moteur refuse toujours de démarrer. C’est parti pour un démontage des culasses ! Blaise nous indique un garage associatif un peu plus loin, qui peut nous prêter les outils dont nous avons besoin. Il s’avère que ce sont aussi des spécialistes en huile de friture : Roule Ma Frite 31. Nous partons donc en quête d’outils et de conseils, plus que 5 km à tirer le bateau !

Heureusement, il fait beau, et une fois lancé, le bateau glisse tout seul. Les mécanos de Roule Ma Frite nous conseillent d’arrêter l’huile : notre vieux moteur, dépourvu de préchauffage, serait incapable de bien brûler l’huile, ce qui expliquerait nos problèmes d’encrassage réguliers.

Le moteur accepte de repartir en fin d’après-midi. Nous arrivons dans la ville rose de nuit, et nous amarrons au Port-Saint-Sauveur. Drôle de sensation que d’être en bateau en plein centre-ville !

Port saint Sauveur

Le lendemain, démontage du moteur, jusqu’aux pistons ! Gwen, notre mécano à distance, nous guide, et nous trouvons la cause de la panne : les segments, ces joints métalliques qui font l’étanchéité entre le piston et le cylindre, sont usés. Pas d’étanchéité, pas de compression, pas de compression, pas d’explosion, pas d’explosion, moteur pas marcher.

El piston

Adrien part chercher de nouveaux segments, et le reste de l’équipage fait du tourisme culinaire : Aligot et saucisse de Toulouse !

Nous visitons Artilect, le fablab de Toulouse, le premier fablab français, et aussi le plus grand : 700m² de locaux, mais surtout 1000 adhérents!!! Ils adorent notre récit, et proposent de nous aider à perfectionner un de nos prototypes mis au point sur le canal : l’ApéroWinch, porte-gobelets universel pour tous les voileux, doté d’une embase imprimée 3D qui s’emboîte sur les winchs, et d’un plateau en bois gravé à la découpe laser.

ApéroWinch - Artilect

Après 10 jours de blocage à Toulouse (attendre les segments, les recevoir, c’est pas le bon modèle, on recommence, …), nous pouvons enfin repartir le 26 Octobre, direction Bordeaux et l’Atlantique ! L’équipage change, Caro, Ludo et Léo rentrent dans leurs pénates, et Cassandre fait son retour. La partie de canal de Toulouse à Bordeaux devrait être plus facile, elle est garantie pour 1m60 de tirant d’eau…

A ce propos, entre Sète et Toulouse, soit 230km, nous avons touché (environ) 250 fois. Pas mal, non?