AuthorLéo

Canal du Midi : passera, passera pas ?

Karucanal

Arrivés à Palavas-les-Flots, nous retrouvons Alix, qui travaille à Montpellier, et Léo, revenu naviguer quelques semaines. Nous retrouvons aussi un peu du confort des sédentaires : pouvoir prendre autant de douches que l’on veut, profiter du canapé au sec tandis qu’il pleut à verse dehors… D’ailleurs nous avons eu de la chance, ce week-end là des intempéries énormes frappent la région d’Antibes, où nous nous trouvions à peine une semaine plus tôt!

Notre escale à Palavas/Montpellier est l’occasion de rencontrer Bertrand, de MonRdvSanté. Passionné de voile, il nous suit depuis le début du voyage, et nous a préparé plusieurs rendez-vous pour partager notre projet.

Notre premier rendez-vous est à l’Institut St Pierre, établissement d’enfants malades. Devant un petit groupe d’une dizaine d’enfants, nous racontons notre aventure, puis faisons une petite démonstration d’impression 3D. Les questions fusent : « On peut fabriquer tout ce qu’on veut avec ça? Est-ce que vous avez vu des requins? » Nous leur transmettons Escornabot, le petit robot pédagogique donné par l’équipe de Bricolabs, qui a fait le voyage en bateau depuis La Corogne (http://blog.lab-rev.org/escales-en-galice/). Ca tombe bien, nous sommes avec leur professeur d’informatique, qui imagine déjà nombre d’exercices ludiques avec ce support !

Après les petits, au tour des grands enfants ! Direction Polytech Montpellier ! Nous voilà projetés quelques années en arrière, mais cette fois de l’autre côté de l’amphi ! Les étudiants en mécanique et matériaux sont très intéressés par le projet, autant sur le côté technique que sur le côté « aventure », en particulier les petites galères qui font le quotidien quand on vit dans un bateau qui est chambre, salon, cuisine, véhicule et atelier de mécanique à la fois !

Po-ly-tech

Entre deux rendez-vous, nous en profitons pour préparer le bateau pour le canal : on enlève les voiles, les bômes, on descend l’éolienne (qui sinon risque de ne pas passer sous les ponts). Et oui, c’est parti pour quelques semaines de navigation 100% moteur !

Pliage voiles

On dépose le mât d’artimon en utilisant le grand mât. Avec un grand poteau sur le pont, sans haubans pour nous tenir, nous commençons à perdre nos repères ! Non seulement il manque des points d’accroche, mais en plus on se prend le mât dans la tête dès qu’on sort de la cabine !

Dépose Artimon

Le début du canal n’est pas à Palavas, et il nous reste quand même le mât principal à déposer. Nous partons pour Sète le 8 Octobre,  très tôt le matin car il faut arriver là-bas avant 9h30, heure d’ouverture des ponts levants. Il y a environ 12 milles.

Il y a 25 nœuds de vent contre nous, et Brutus peine à nous faire avancer plus vite que 3 nœuds. A ce rythme, nous ne serons jamais à l’heure à Sète ! Mais nous avons plus d’un tour dans notre sac (à voiles), et nous gréons le foc sur la drisse de spi, et nous voilà propulsés à presque 5 nœuds !

Palavas-Sète

En véritables as du timing, nous arrivons devant le pont à 9h28. Nous passons les 5 ponts levants, et nous voilà dans l’étang de Thau, à la recherche d’un chantier qui veut bien nous démâter dans la journée. Nous accostons à un ponton au début de l’étang, et y trouvons un voilier fraîchement démâté, Courlevent, qui s’apprête à prendre le canal du Midi.

Olivier et Aurélie, après avoir navigué jusqu’aux Baléares cet été, vont hiverner à Toulouse. Ils ont des problèmes de moteur, et au bout de quelques minutes, Adrien est déjà plongé dans leur cale pour bricoler !

Il nous indiquent un chantier équipé d’une grue, et nous nous y rendons à pied, après avoir fait une escale à la boulangerie pour goûter quelques fameuses tielles sétoises! Romain, le gérant du chantier, nous donne même des madriers pour poser les mâts, ce qui nous évitera de les prendre dans la tête toute la journée !

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Nous partons le lendemain matin, en compagnie de Courlevent, les bateaux carrément à couple pour traverser l’étang. C’est plus pratique pour discuter, et nos bateaux se complètent : nous avons un moteur plus puissant, ils ont un pilote automatique.

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Nous entrons dans le Canal à midi, le 9 octobre. (je m’auto-décerne une médaille pour ce superbe jeu de mots)

C’est maintenant que les choses sérieuses commencent. Car cette étape, que l’on imagine consacrée au farniente et à l’apéro, la navigation étant sans risques, est en fait une des plus incertaines du voyage. Outre les problèmes moteur, dont on commence à avoir l’habitude, il y a le tirant d’eau. En effet, le bon Pierre-Paul Riquet (1609-1680), concepteur du canal, l’a fait construire profond de 1m60, mais en trois siècles et quelque, le canal s’est quelque peu envasé. Il est aujourd’hui garanti pour des bateaux de 1m40, voire 1m20 de tirant d’eau. Nous tirons environ 1m55 (en fait, on est pas tous d’accord, c’est une moyenne). Voilà le problème.

Nous avons connaissance de ce problème depuis le début, et nous avons imaginé de nombreuses solutions (n’oubliez pas que les 3 membres d’équipage ont fait des études d’architecture navale). Alléger le bateau? Pourquoi pas, mais pour gagner 10cm de tirant d’eau, il faut alléger… d’une tonne ! Pas facile. Une solution envisagée est de percuter un radeau gonflable sous la quille, afin de faire une sorte de « bouée » au bateau. Nous avons aussi pensé un instant à récupérer des milliers de bouteilles en plastique pour constituer cette bouée, bref, on ne manque pas d’idées!

Finalement, ça a l’air de passer, en profondeur et aussi en hauteur.

ça passe ou pas

Rapidement, nous commençons à compter le nombre de fois où nous avons touché le fond du canal. A votre avis, combien? Faites vos jeux, réponse à la fin de l’article ! Nous faisons bien attention de rester au milieu du canal, et gardons un œil attentif sur le sondeur.

Arrivés à la première écluse, il semblerait que ça passe. Nous posons la question à l’éclusier, qui nous dit en substance que si nous sommes arrivés ici, nous arriverons à Toulouse. Rassurant, mais ils n’auront pas tous le même discours.

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La vie sur le canal est rythmée par les écluses. Leurs horaires de fonctionnement imposent des horaires de navigation pépère (9h-12h30, 13h30-18h), et les manœuvres se succèdent, à raison d’une dizaine par jour en moyenne.

matin

Il est agréable de naviguer avec nos amis de Courlevent. Quand le canal est assez large, nous naviguons côte à côte, et le soir venu, nous nous amarrons à eux (avec leur 80cm de tirant d’eau, ils peuvent s’approcher de la berge. Pas nous.). Ils nous aident à nous déséchouer, et nous les remorquons quand leur moteur est en surchauffe. Nous nous complétons bien !

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Karu & Courlevent

à couple à trèbes

La navigation sur le canal n’a rien à voir avec la navigation en mer. Nous sommes à l’intérieur du paysage, et nous le voyons défiler beaucoup plus vite qu’au large. Pourtant, notre vitesse n’est que de 8 km/h (oui, sur le canal, on oublie un instant les nœuds et les milles, et on reparle en terrien). Nous passons au cœur des villes, ou plutôt des villages, et croisons nombre de touristes allemands à la barre de leur petite péniche de location. Ils nous font parfois un peu peur, en donnant l’impression qu’ils ne maîtrisent pas tout à fait leur embarcation…

Les infrastructures d’accueil des navigateurs étant assez sommaires sur le canal, nous profiterons d’une halte à Béziers pour prendre une douche sur le quai, la dernière avant Toulouse.

On frotte à Béziers

Les biefs (portion de canal entre deux écluses) s’enchaînent, certains plus profonds que d’autres, et avec parfois des variations de niveau soudaines dues aux écluses. A Carcassonne, l’équipage de Courlevent s’arrête quelques jours, tandis que nous continuons. Nous retrouvons peu après Caro et Ludo, des amis qui aiment le bateau « mais quand ça bouge pas trop ». Le canal est donc l’occasion de passer du temps à naviguer avec eux sans qu’ils craignent le mal de mer.

Equipage au col de Naurouze

Ecluse montante

Nous nous échouons à quelques mètres de la ligne de partage des eaux, au col de Naurouze, point le plus haut du canal (190m au-dessus du niveau de la mer, quand même). Olivier et Léo sont obligés de descendre à terre avec des amarres pour aider le moteur. Quelques minutes plus tard, c’est reparti ! Nous nous arrêtons pour la nuit non loin de l’Obélisque de Riquet, monument à la gloire du concepteur du canal.

Les véritables ennuis commencent le lendemain. Le premier bief descendant vers Toulouse est très encombré, nous raclons quasiment continuellement le fond. Après avoir passé l’écluse de Montgiscard, nous nous heurtons à un gros, très gros banc de vase (les éclusiers appellent ça un « toc »), qui nous bloque totalement.

Nous descendons avec des amarres, pour aider le moteur, mais rien à faire, le bateau est planté. Nous tirons comme des ânes depuis le pont situé quelques mètres devant, ça ne bouge pas.

hâlez matelots

Olivier part en annexe pour sonder le fond en avant du bateau. Le toc fait au moins 25m de long, et c’est toute la largeur du canal qui est encombrée.

Olivier Sonde

Nous nous en tirerons à la nuit tombante, au bout de deux heures d’efforts, en faisant bouger le bateau pour creuser la vase, puis en combinant l’ancre (portée en avant avec l’annexe et ramenée au treuil), trois personnes à tirer à terre, et le moteur à fond. Grâce à cette technique, nous avançons de 5m en 5m, et arrivons petit à petit à passer le toc.

Nous décidons de continuer jusqu’à la fin du bief, avec Ludo, Olivier et Léo marchant sur le chemin de halage avec des amarres au cas où un nouveau toc se présente. Sept kilomètres de marche nocturne, à la frontale sur un chemin parsemé de branches et de trous, à jouer les éclaireurs pour le bateau !

Le lendemain, c’est le moteur qui refuse de démarrer. Déjà la veille, le démarrage a été difficile, mais ce matin, rien à faire. Il a été beaucoup sollicité depuis une semaine, et n’a pas l’air d’aimer ça… En plus, il fait de plus en plus froid le matin, ce qui n’aide pas. Nous passons l’écluse « à la main », et après quelques dernières tentatives, nous nous résignons à avancer jusqu’à l’écluse suivante en halant le bateau, en quête d’électricité pour recharger les batteries usées par les démarrages.

Halage

A cette écluse (la dernière avant Toulouse), nous rencontrons Blaise, qui travaille au restaurant en face, et habite sur sa péniche un peu plus loin. Il nous prête gentiment de l’électricité. Cependant, le moteur refuse toujours de démarrer. C’est parti pour un démontage des culasses ! Blaise nous indique un garage associatif un peu plus loin, qui peut nous prêter les outils dont nous avons besoin. Il s’avère que ce sont aussi des spécialistes en huile de friture : Roule Ma Frite 31. Nous partons donc en quête d’outils et de conseils, plus que 5 km à tirer le bateau !

Heureusement, il fait beau, et une fois lancé, le bateau glisse tout seul. Les mécanos de Roule Ma Frite nous conseillent d’arrêter l’huile : notre vieux moteur, dépourvu de préchauffage, serait incapable de bien brûler l’huile, ce qui expliquerait nos problèmes d’encrassage réguliers.

Le moteur accepte de repartir en fin d’après-midi. Nous arrivons dans la ville rose de nuit, et nous amarrons au Port-Saint-Sauveur. Drôle de sensation que d’être en bateau en plein centre-ville !

Port saint Sauveur

Le lendemain, démontage du moteur, jusqu’aux pistons ! Gwen, notre mécano à distance, nous guide, et nous trouvons la cause de la panne : les segments, ces joints métalliques qui font l’étanchéité entre le piston et le cylindre, sont usés. Pas d’étanchéité, pas de compression, pas de compression, pas d’explosion, pas d’explosion, moteur pas marcher.

El piston

Adrien part chercher de nouveaux segments, et le reste de l’équipage fait du tourisme culinaire : Aligot et saucisse de Toulouse !

Nous visitons Artilect, le fablab de Toulouse, le premier fablab français, et aussi le plus grand : 700m² de locaux, mais surtout 1000 adhérents!!! Ils adorent notre récit, et proposent de nous aider à perfectionner un de nos prototypes mis au point sur le canal : l’ApéroWinch, porte-gobelets universel pour tous les voileux, doté d’une embase imprimée 3D qui s’emboîte sur les winchs, et d’un plateau en bois gravé à la découpe laser.

ApéroWinch - Artilect

Après 10 jours de blocage à Toulouse (attendre les segments, les recevoir, c’est pas le bon modèle, on recommence, …), nous pouvons enfin repartir le 26 Octobre, direction Bordeaux et l’Atlantique ! L’équipage change, Caro, Ludo et Léo rentrent dans leurs pénates, et Cassandre fait son retour. La partie de canal de Toulouse à Bordeaux devrait être plus facile, elle est garantie pour 1m60 de tirant d’eau…

A ce propos, entre Sète et Toulouse, soit 230km, nous avons touché (environ) 250 fois. Pas mal, non?

Costa del Sol et pétole

  • Pétole : Nom féminin, du latin peditum (pet). Absence de vent, calme plat.

Calme plat

La pétole 2

Gibraltar-Almeria : 160 milles nautiques, rien du tout ! C’est la moitié de la distance Pornic-La Corogne, ça va être avalé en deux jours !

Eh bien non ! Nous sommes définitivement entrés en Méditerranée, et ici, le vent fait ce qu’il veut, quoi qu’en disent les modèles météo ! Et en ce moment, il ne veut pas qu’on avance. Huit jours, il nous faudra huit longs jours pour arriver péniblement jusqu’au Cabo de Gata ! Et surtout, pas dans les paysages et les villes les plus intéressants d’Espagne…

Le Levante (vent d’Est) nous a cueillis à la sortie du Détroit de Gibraltar, et nous permet de parcourir 40 milles, jusqu’au moment où il nous lâche progressivement, mais définitivement.

Nous nous dirigeons au moteur vers Torremolinos (dont nous n’avions jamais entendu parler avant, pauvres de nous !), et nous découvrons avec consternation les ravages du tourisme de masse… Barres d’immeubles, enfilades de restaurants attrape-touristes, port cher, empli de yachts…

Le port de Benalmadena

Nous comprenons que la Costa del Sol manque un peu d’intérêt quand on n’est pas un touriste anglais en quête de fiestas et de plages bondées ! Le paysage, très minéral (c’est la région la plus aride d’Europe), est miné par les immeubles en front de mer, et les serres emplissent tous les espaces un tant soit peu horizontaux qui restent. (Les tomates espagnoles au mois de décembre, c’est ici qu’elles poussent)

La météo est peu fiable, il y a (peut-être) du vent au large, mais il faut s’éloigner de 20 milles des côtes. Et si, après avoir fait ces 5 heures de moteur en s’éloignant de notre route, le vent n’est pas au rendez-vous, que faire ?

Nous finissons par comprendre qu’il ne faut pas chercher à trop comprendre la météo, et tenter de profiter du moindre vent dès qu’il souffle ! Ah, si, une chose est constante, le vent tombe totalement la nuit, il vaut mieux donc trouver un abri avant.

Vu la violence des éléments, les quarts à la barre se passent souvent en compagnie d’un livre ou d’une autre occupation (couture, e-mails, cartes postales…), abrité du soleil (de plomb) sous un chapeau.

La pétole

La pétole

Nous avançons par sauts de puce, couvrant environ 15 milles par jour, soit le quart de notre moyenne habituelle. Nous partons lorsque le vent se lève, souvent vers la mi-journée, puis il tombe progressivement, et quand le bateau avance à moins de 1 nœud, on démarre le moteur pour finir l’étape.

Cependant, les conditions calmes nous permettent d’effectuer plusieurs prélèvements de plancton, et c’est avec joie que nous nous adonnons à cette activité qui, bien qu’elle nécessite que le bateau avance à la vitesse ridicule de 1 à 2 nœuds, permet de nous occuper pendant une heure !

Plancton

Tout de même, loin des villes ultra-touristiques nous ferons quelques découvertes de mouillages magnifiques, avec des très beaux spots de plongée sous-marine. La pêche au harpon sera plus fructueuse que la traîne (qui, depuis le Cap St-Vincent, nous a permis de ramener un total de… zéro poissons), puisque nous aurons un repas agrémenté de mulets sauvages, de balistes et d’un poulpe !

Mouillage à la Cala de los Cañuelos

Un baliste, poisson à la peau très dure mais très facile à pêcher

On a pêché un poulpe !

Le poulpe en cours de cuisson

Faute de pouvoir bien cuisiner le poulpe (l’ami Google nous apprend qu’il faut le congeler 24h avant de le cuisiner, pas pratique sur notre bateau seulement équipé d’une petite glacière), il aura une texture un peu caoutchouteuse…

Au bout d’une semaine, nous voilà arrivés au Cabo de Gata, qui marque la fin de la Costa del Sol et le début de la Costa Blanca. Le vent est avec nous, pile-poil dans le bon angle, et on déboule sous spi à plus de 7 nœuds de moyenne !

A 7 noeuds sous spi

De caps en caps : de Lisbonne à Gibraltar

Nous voilà aux portes de la Méditerranée ! Depuis Lisbonne, le vent est de moins en moins présent, et l’on n’avance pas aussi vite que l’on voudrait !

Une première journée dans un vent fort et bien orienté nous a permis de rallier Sines rapidement, à plus de 7 nœuds la plupart du temps, avec des pointes dans les surfs qui ont atteint 13 nœuds ! Sines est le dernier abri avant le Cap Saint Vincent (la pointe Sud-Ouest du Portugal), qui est tout de même à environ 60 milles, ce qui correspond à une douzaine d’heures de navigation. Il faut donc être sûr de la météo au cap avant de partir ! Nous attendrons quelques jours à Sines, en profitant pour faire de petites réparations en haut du mât, et une grosse lessive !

Olivier grimpe au mât pendant que le linge sèche

Nous échangeons aussi quelques techniques de pêche avec nos voisins de ponton, qui nous aident à préparer de nouvelles lignes de traîne. Yahia, notre « responsable pêche » officiel, nous rejoint ici, et nous passons ensemble le Cap St Vincent et ses impressionnantes falaises.

Cap St Vincent

Même si ce n’est pas l’entrée officielle dans le détroit, la grande houle atlantique commence à disparaitre progressivement, ce qui apporte un peu de confort à la navigation. La nouvelle ligne de traîne fait ses preuves, et nous pêchons pléthore de maquereaux, et un petit thon !

On pêche un thon à la traîne

L’étape suivante est Olhão, non loin de Faro, située dans la lagune, longue étendue d’eau protégée de la mer par un cordon dunaire. A l’entrée de la lagune, nous passons la barre des 1000 milles parcourus depuis notre départ de Pornic !

Nous jetons l’ancre juste en face du marché de la ville. C’est le moment de tester si notre kayak (officiellement 2 places) supporte bien le poids de 3 personnes plus les courses !

Transport en commun

Cassandre nous rejoint pour une semaine, au cours de laquelle nous irons jusqu’à Rota, dans la baie de Cadix. Il nous faudra presque deux jours pour boucler la traversée, le vent nous abandonnant à la moitié (sûrement un effet météo au passage de la frontière espagnole). On profite que le bateau avance très lentement pour faire des prélèvements de plancton grâce au kit de Plankton Planet. Découvrez le projet ici : http://planktonplanet.org/?lang=fr

Prélèvement de plancton

Mais, lorsque le bateau n’avance plus du tout, on finit par se dire qu’il fait chaud, qu’on est pas trop pressés, et qu’on peut bien piquer une tête seuls au milieu de la mer !

Pétole, baignade

Mais au cours de la séance baignade, on découvre un morceau de filet coincé dans l’hélice, qu’il faut aller enlever au couteau.

Bout dans l'hélice

Après avoir terminé la traversée au moteur dans une douce odeur de frite, nous passons quelques jours à Rota, qui s’avère être une sorte de Cadix-Plage : immense étendue de sable, immeubles juste derrière… Pas de doute, on commence à arriver au Sud de l’Espagne et son tourisme de masse ! Nous tentons de traverser la baie pour rallier Cadix un après-midi, mais le vent forcit à mesure que nous avançons. Quand les rafales atteignent 50 nœuds, on se dit qu’il est peut-être plus sage de faire demi-tour que de continuer au près… Au retour, avec le génois déroulé à moitié pour seule voile, le bateau file à 6 nœuds !

Nous partirons finalement le lendemain, direction le Cap Trafalgar, entrée « officielle » du détroit de Gibraltar ! Pas de bataille navale au programme pour nous, plutôt une guerre psychologique contre la pétole qui commence, et qui va se mener par intermittences pendant les prochaines semaines…

Yahia, le Cap Trafalgar, des pâtes

Notre route nous emmène à Tarifa, point le plus étroit du détroit (à seulement 14km du Maroc) et aussi spot de planche à voile et kitesurf de renommée mondiale. Pourquoi ? Tout simplement parce que le vent souffle ici à plus de 30 nœuds environ 300 jours par an ! Les centaines d’éoliennes sur les montagnes environnantes ne sont pas là pour décorer !

Eoliennes à Tarifa

Nous commençons à découvrir la météo changeante de la Méditerranée, le vent passant du plein Est au plein Ouest en à peine deux heures. Ce changement nous permet de rallier directement la baie de Gibraltar, endroit ô combien charmant quand on est un petit voilier au milieu de dizaines et de dizaines de cargos ! Pour tout arranger, Gibraltar, connu pour ses brouillards soudains et sa météo aléatoire, ne faillit pas à sa réputation, le soleil décline et le vent tombe… Heureusement, notre système de détection automatique fonctionne parfaitement, et nous permet de regarder passer d’assez loin les immeubles flottants.

cargo à Gibraltar

Gibraltar, c’est avant tout une énorme plaque tournante du commerce mondial. Porte de la Méditerranée, lien entre l’Afrique et l’Europe, des milliers de tonnes de marchandises diverses y transitent chaque jour. C’est aussi un lieu de tensions, avec l’enclave anglaise, « dernière colonie d’Europe », bien accrochée à son célèbre Rocher.

Le Rocher de Gibraltar

Le Rocher de Gibraltar

Par chance, lors de notre visite à son sommet, le Rocher n’était pas dans les nuages, et nous avons pu profiter de la vue magnifique sur la baie, la Méditerranée et le Maroc (au fond à gauche sur la 2e photo).

La baie de Gibraltar

Au fond à gauche, le Maroc !

Nous passons le cap d’Europa Point le 2 juin, marquant notre véritable entrée dans la Mer Méditerranée !

Passage de Gibraltar

Malchances portugaises : de Baiona à Nazaré

Conjonction des astres ? Neptune de mauvais poil ? Malheureux concours de circonstances ? Toujours est-il que nous jouons de malchance ces jours-ci…

Tout d’abord la météo, qui nous aura bloqués plusieurs jours à Baiona sous la pluie et des rafales à plus de 50 nœuds. On passe nos journées à l’intérieur du bateau, à bricoler, et on attend les accalmies pour sortir. Ça n’aide pas à maintenir le moral, surtout quand on découvre que l’éolienne s’est fracassée contre les panneaux solaires… Le vent a poussé les panneaux solaires, qui sont légèrement remontés, et l’éolienne les a percutés. Nous avions pourtant testé à la main le battement maximum qu’ils pouvaient prendre, mais il semble que le vent est plus puissant que nos bras ! Les pales sont cassées à la moitié, l’une d’elles a arraché une partie du moyeu, l’éolienne version 1 est fichue !

Eolienne cassée

Le lendemain, une petite fenêtre météo nous permet de partir vers Porto, avec un vent 3/4 de face et une houle encore bien présente, avec 4 mètres le matin ! Nous tirons des bords, et laissons les Îles Cies dans les nuages.

Iles Cies dans les nuages

Quelques heures plus tard, la mer se calme. Nous passons devant l’embouchure du Rio Minho , qui marque la frontière entre l’Espagne et le Portugal. C’est le moment de changer les couleurs, nous hissons le pavillon rouge et vert !

On hisse le pavillon portugais

Après deux jours d’escale à Porto, occupés à bricoler, imprimer de nouvelles pales pour l’éolienne, et un peu de tourisme, nous repartons vers le sud dès que la météo est favorable (enfin, un peu moins défavorable qu’avant). La journée de navigation se terminera au moteur, faute de vent. Celui-ci émet des bruits suspects, et nous découvrons que certains boulons de fixation sont desserrés.

Réglage des silent-blocks

Après quelques heures dans la cale moteur, nous pouvons repartir, à une allure correcte et sous le soleil qui s’est enfin décidé à briller ! Bonne ambiance à bord, on pêche et continue la couture d’une capote de protection contre la pluie.

Navigation et couture

Léo fait des expériences pour optimiser l’hydrogénérateur. En effet, le câble anti-torsion qui relie l’hélice au générateur doit être démêlé après chaque utilisation, et cette opération est assez longue et fastidieuse. Cf vidéo sur l’hydrogénérateur :

Le méli-mélo de l'hydrogénérateur

La nouvelle technique de démêlage est assez simple, il suffit de détacher l’hélice et de laisser le câble nu traîner dans l’eau. Les nœuds se défont petit à petit sous l’action de la vitesse. Pour rendre cette opération encore plus rapide, Léo a la brillante idée de remplacer la manille qui attache l’hélice au câble par un mousqueton, qui s’ouvre lors de la remontée du câble… L’hélice est à l’eau, définitivement perdue en mer !

Qu’à cela ne tienne, nous nous lançons un défi : imprimer une nouvelle hélice avant d’arriver à Lisbonne !

La navigation se poursuit toute la nuit vers le Sud, sous spi. L’imprimante 3D tourne pour finir les pales de l’éolienne.

Pale d'éolienne en impression

A l’aube, un étrange sentiment de déjà-vu nous envahit…Une autre partie de la drosse a cassé à nouveau ! Les conditions sont cette fois très maniables, on répare assez vite avec du bout et on se dirige vers le port le plus proche, Nazaré.

Drosse cassée

Après quelques heures de sommeil, une douche et l’installation d’une nouvelle drosse en câble, nous assistons à la sortie des bateaux de pêche du coin, tous décorés pour une procession en mer.

Bateaux décorés à Nazaré

Nous repartons le soir, direction Lisbonne, en commençant à fabriquer notre prochain hydrogénérateur !

Départ, Dauphins, Drosse : De Pornic à La Corogne

Ca y est, nous voilà partis ! Le départ au petit matin a été dur, réveil à 5h (une heure où, pour beaucoup on est plus samedi soir que dimanche matin…), puis les adieux aux familles et aux copains… Merci à tous ceux qui ont eu le courage de faire le déplacement ! Petit pincement au cœur quand toutes les petites silhouettes sur le ponton ont disparu… Départ 1 Départ 2Adieu Pornic, direction l’Espagne ! Cap au Sud-Ouest pour rallier La Corogne. Le vent est avec nous, on fait une route quasi-directe au portant. En sortant de la Baie de Bourgneuf, la houle de Nord-Est modérée commence à nous faire rouler, mais on apprécie de l’avoir avec nous. Elle ne nous quittera pas de la traversée.

Le bateau marche bien à cette allure, avec toute la toile, 6 à 7 nœuds en moyenne, avec des surfs à 10 nœuds ! On commence à prendre le rythme de navigation, on se relaie à la barre environ toutes les deux heures, on prend des photos, on envoie les derniers SMS avant d’être hors de portée. Les premières siestes commencent aussi, il faut faire des réserves pour la nuit.

DCIM100GOPRO

Nous avons un dernier contact avec la terre lorsqu’on aperçoit le phare de l’île d’Yeu de (très) loin, juste au moment où quelques dauphins viennent jouer autour du bateau. Quel spectacle magique de les voir surfer juste sous la surface, puis émerger juste devant notre étrave ! dauphin 1DCIM100GOPRONous aurons droit à leur compagnie plusieurs fois dans la traversée, de jour comme de nuit, parfois pendant quelques minutes, d’autres fois plus d’une heure !

La première nuit est bien étoilée, le bateau marche bien. On a toutefois un peu de mal à dormir, surtout avec une houle qui nous secoue pas mal. On croise aussi quelques bateaux, cargos ou pêcheurs. Des moments toujours un peu stressants quand on ne sait pas où se dirige le truc qu’on aperçoit au loin !

Au matin, on envoie le spi !

DSC00468BA cette allure, le bateau est très agréable, il se barre tout seul ! On en profite pour récupérer un peu. La deuxième journée s’écoule tranquillement, on avance bien,  on imprime une pièce d’amélioration de l’éolienne. Aucun bateau croisé de la journée et de la nuit suivante, par contre, on a un accompagnateur ! Un petit oiseau, qui a l’air un peu perdu… Si quelqu’un sait nous dire de quoi il s’agit, on veut bien !

DSC00479BLa seconde nuit s’écoule en compagnie des dauphins, dont on devine la présence par intermittence. Notre éolienne produit suffisamment d’énergie pour que les batteries ne se déchargent pas la nuit.

Le troisième jour, le vent forcit progressivement, la houle devient plus grosse, mais surtout plus courte, ce qui rend le bateau plus difficile à contrôler. On teste l’hydrogénérateur, il part en surf derrière le bateau, parfois au point de sortir de l’eau ! Vers 17h on aperçoit la terre à l’horizon ! Il nous reste encore 50 milles avant la Corogne, mais ça met du baume au cœur !L'Espagne

On commence à se dire que le Golfe tant redouté a été cool avec nous, mais il n’a pas dit son dernier mot…

Le vent atteint force 6 avec des rafales, on affale l’artimon pour plus de contrôle, puis on se décide à prendre un ris dans la grand-voile. La manœuvre s’annonce sportive, car il faut faire un quasi demi-tour pour se tourner face au vent. Nous sommes tous les trois sur le pont, bien harnachés (comme toujours), Olivier à la barre.

En tournant, on entend un bruit sec, et Olivier crie :  » On a perdu le safran ! « 

On affale la grand-voile en entier, enroule le génois rapidement. Le bateau est à l’arrêt, et dérive lentement vers le Nord-Ouest dans une mer formée avec 30 nœuds de vent et des nuages pas cool à l’horizon…

Ce n’est heureusement pas le safran qui est cassé, seulement la drosse tribord. On remplace le câble en acier cassé par un cordage en Spectra, en espérant que ça tienne jusqu’à La Corogne, qui est le port le plus proche, mais à quand même 25 milles de nav’. Nous prenons contact par VHF avec le MRCC de La Corogne pour les informer de notre situation, au cas où la réparation ne tient pas.

On se dirige lentement vers La Corogne, avec juste la moitié du génois déroulé, en regardant, un peu flippés, l’énorme orage qui se met en place pile-poil là où on va. Parce que, la foudre sur le mât… On préfère ne pas y penser.

L’orage, ses éclairs et ses vents instables jouent avec nos nerfs fatigués par la traversée pendant quelques heures, passant d’un bon 20 nœuds de Nord-Est à rien du tout, puis du Sud-Est, puis encore du Nord-Est… On essaye de tirer le meilleur parti du vent pour continuer à avancer, entre le génois, l’artimon et le moteur. La Corogne nous appelle toutes les deux heures pour suivre la situation. Ça nous rassure de savoir qu’on est suivis.centralenav

Une fois passé le phare du Cabo Prior, l’orage nous lâche un peu. On se relâche un peu, même s’il nous reste environ 4 heures jusqu’au port. La fatigue nous tire sérieusement sur les corps et les esprits, mais pas question d’aller se coucher. On reste à guetter les bateaux de pêche qui entrent et sortent de la rade, et les caps qu’il faut bien arrondir.

On arrive finalement au port vers 03h30 du matin. Nous avons parcouru 371 milles depuis Pornic, en un tout petit peu moins de 3 jours. On est sales, salés, fatigués, mais contents d’avoir réussi notre première étape !

On va rester à La Corogne quelques jours, pour se reposer et réparer. Inès nous rejoint ici samedi.

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Départ : Dimanche 19 Avril, 06h00

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Checklist :

  • Un bateau réparé
  • Des papiers en règle
  • Des protos fonctionnels
  • Un équipage ultra-motivé
  • A manger et à boire
  • Une fenêtre météo sympa

On peut y aller !

Les bagages sont prêts depuis bien longtemps (enfin presque… il reste toujours un milliard de choses à embarquer ou débarquer à la dernière minute, qui dure trèèèèès longtemps), il ne nous manquait plus grand-chose pour être fin prêts ! C’est maintenant chose faite, et pour nous échauffer, rien de tel qu’une petite navigation de nuit. Nous avons quitté Camoël et les rives de la Vilaine hier, pour une petite étape (12h de navigation tout de même) jusqu’à Pornic. Il nous sera plus facile de partir d’ici avec la marée descendante. Nous en avons profité pour tester notre centrale de navigation, qui nous a bien aidés à traverser le chenal des cargos de St-Nazaire. Vous pouvez suivre notre position, actualisée toutes les 4 heures, ici : http://lab-rev.org/position

Une bonne fenêtre météo se présente à nous pour partir direction La Corogne, ou nous devrions arriver mardi vers midi selon les routages.

QTVLM

 

P.S.

En fait, on voulait partir samedi, mais on avait peur de faire de l’ombre à une autre expédition qui part à ce moment-là… =) http://www.hermione.com/actualites/2015/2015/1144-18-avril-le-grand-depart.html