AuthorAdrien Marchandise

Bonifacio-Palavas les flots : Karukera rentre au bercail !

Etrange sensation que de rentrer en terrain connu. Une sensation de confort prend place à bord : on connaît certains endroits où l’on passe, on retrouve des amis, on prend des douches plusieurs fois par semaine. Après quelques mois d’aventure le picotement de l’inconnu est remplacé par celui de l’automne : le combat contre la chaleur est fini : Winter is coming. Il faut arriver plus tôt au mouillage pour savoir où planter la pioche, on ressort les couvertures, les écharpes, les bonnets. On retrouve les plaisirs des diners dans le carré, on apprécie quand le soleil nous chauffe la peau aux heures de midi.

Si les grandes chaleurs sont finies, on ne peut en dire autant de la saison : les touristes qui peuvent éviter le rush de juillet-août sont bien là ! Bonifacio est encore pleine de vacanciers, mais déjà le prix du port est passé en catégorie mi-saison. On retrouve des tarifs normaux avec des services plaisants : douches et toilettes sont à 150m du bateau. Facile. Mais l’escale n’est qu’un bref arrêt : un coup de vent doit passer sur les bouches de Bonifacio et mieux vaut ne pas tarder ! Pendant quelques jours, c’est du près qui est prévu, dans des conditions tout de même musclées : 25 nœuds de vent, et une mer agitée. Heureusement, il y a sur notre chemin de jolies criques et des mouillages protégés. On savoure pour la dernière fois les eaux turquoises et le sable fin, et on profite des températures douces pour aller marcher en montagne.

roccapina olivier

roccapina cassandre

A Ajaccio, nous avons rendez-vous avec le jeune et premier fablab de Corse (http://fablabajaccio.com/), et nous sommes impressionnés par le travail que Marylin Richard a réussi à faire en seulement trois mois. Le fab est abrité dans les locaux du Crédit Agricole Corse, et bénéficie d’une grande superficie. Son avenir est prometteur, on a hâte de voir la suite !

fablab ajaccio

On doit profiter de notre escale à Ajaccio pour faire une rotation d’équipage, et on y passe donc tout un week-end. Pour éviter de payer le port – ce qui devient obligatoire compte tenu de la trésorerie du Lab-REV- nous jetons la pioche à proximité du rivage. Si la première se passe bien, c’est au cours de la seconde journée que cela se complique : le vent monte rapidement. On se hâte pour retourner au bateau, et au moment de monter sur l’annexe, on voit Karukera chasser ! Il fonce malheureusement vers un petit voilier, mais passe à côté de justesse. On monte à bord, démarrons le moteur, mais notre ancre est bloquée dans sa chaîne. Malgré plusieurs tentatives pour la dégager, celle-ci ne vient pas. Le vent monte encore d’un cran, et le cortège formé par les deux bateaux se met alors à chasser. Et nous nous dirigeons vers un troisième voilier, plus gros, qui est sous le vent. Pris en tenaille entre les deux, nous n’avons d’autre choix que de lâcher le mouillage au fond de l’eau ! Il y a 18m de fond : ça va être difficile de revenir la chercher. Mais heureusement notre partenaire Croisiera (http://www.croisiera.com/) a son camp de base à Ajaccio, et ils disposent de bouteilles de plongée. Stephen ira démêler les 3 mouillages au fond de l’eau, et découvrira un sacré sac de nœuds ! Les chaînes sont bloquées sur une épave qui trainait, mais nous réussissons à récupérer notre mouillage malgré tout. Merci Croisiera ! Nous essayons d’alerter le propriétaire du bateau, mais les administrations que nous contactons ne semblent pas s’en préoccuper. Nous laissons donc les deux bateaux côte à côte et repartons le lendemain d’Ajaccio.

ca chasse à ajaccio

Dominique, le père d’Olivier succède à Cassandre qui débarque après 3 mois à bord. Un petit renfort est bien apprécié alors que nous nous apprêtons à traverser vers le continent. On commence par une petite étape vers les îles Sanguinaires à la sortie de la baie d’Ajaccio.

bienvenue dominique

Le lendemain nous profitons d’un vent favorable pour foncer vers la Girolatta, un mouillage très bien protégé : un coup de vent doit passer et il faut nous abriter. Nous y resterons bloqués durant 48h, et repartirons directement en direction d’Antibes dès que la houle se sera calmée.

Le début de la traversée est prometteur : nous filons 5,5 nœuds au près, quasiment en route directe. Comme prévu le vent se met à tourner, et nous virons de bord. Mais ce vent trop faible ne nous permettra pas de bien avancer face au courant résiduel qui s’est mis en place pendant le coup de tabac des jours passés. Nous démarrons le moteur vers minuit, résignés. A l’aurore la mer s’est calmée, le vent a disparu, et nous croisons divers cétacés. Des dauphins viennent jouer autour du bateau, et nous pensons apercevoir une baleine au loin. Mais c’est quelques heures plus tard que nous ferons une rencontre impressionnante : on aperçoit une baleine 500m dans notre axe qui fait surface, et alors que nous passons à 50m sur le côté, celle-ci ne semble pas s’effaroucher. On coupe le moteur et durant un quart d’heure nous la verrons respirer et se prélasser doucement en surface ! Nous ne sommes qu’à 50km des côtes, et le spectacle est incroyable ! Nous arrivons sans encombre à Antibes, le vent nous permettra même de faire une petite heure sous spi !

baleine en zone pelagos

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Cette escale est un lieu de rencontre privilégié puisque nous sommes attendus par le Navlab (http://navlab.avitys.com/) , premier fablab nautique. Bruno Messin son fondateur était venu jusqu’en Bretagne nous filer un coup de main sur le chantier l’hiver dernier, c’est donc avec plaisir que nous le retrouvons dans le Sud. Le Navlab est implanté en centre-ville d’Antibes, et comme à notre habitude nous allons visiter ses locaux, avant d’inviter les membres de la communauté à visiter Karukera. Disposant d’un atelier avec les machines classiques de fabrication numérique, de deux salles de coworking, d’une salle de réunion et d’une terrasse, le Navlab a la particularité de ne pas être un open-space, modèle habituellement utilisé par les fablabs. Cela permet aux coworkeurs de ne pas entendre les bruits de Dremmel ! Pratique.

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Nous rencontrons par la suite l’homme qui traduit notre blog en italien depuis le début du voyage : Paolo ! Quel plaisir de rencontrer en vrai quelqu’un avec qui nous n’avons échangé que par internet. En plus de faire nos traductions, il nous apporte bon nombre de conseils utiles sur la marche à suivre pour prendre le canal du midi. Etant un moniteur aux Glénans sur la base des Onglous, il connaît bien la navigation dans cette zone. Il en profitera pour nous prêter une carte du canal du midi, ainsi qu’un petit GPS, qui fonctionne depuis à merveille sur notre centrale de navigation. Merci Paolo !

rencontre Paolo Zazio

Au départ d’Antibes, nous ne sommes plus que deux à bord (Olivier et Adrien) : Dominique est reparti, et nous devons rallier Palavas les flots tous les deux. Présents à bord depuis le début du projet, l’équipage est bien rodé et la navigation ne nous pose pas de soucis. La première étape est fastidieuse : nous ne naviguerons qu’au moteur jusqu’à la baie d’Agay, où nous mouillons devant un camp Pierre & Vacances. Nous avons pratiqué des mouillages plus sauvages, mais l’endroit est abrité, on ne se plaint pas.

C’est le lendemain  que nous sommes chanceux : la météo est parfaite, et on navigue au travers puis au portant ! Nous passons en plein milieu d’une des régates de Saint Tropez, et c’est plaisant de revoir des bateaux naviguer à la voile !

voiles de saint tropez

La brise établie nous permet d’avaler 50 miles nautiques dans la journée, et le soir c’est à Porquerolles que nous relâchons. Et au bon moment, car les nuages qui nous ont permis d’assister à un coucher de soleil magnifique, viendront lâcher une pluie battante sur l’île.

spi arrivée proquerolles

Alors que nous devons rallier Marseille dans la journée, nous sommes pris par le doute au petit matin : le vent est tout de même très fort, et atteint 50 nœuds en rafale dans le port. S’il doit forcir sur Porquerolles dans la journée, il doit se calmer à mesure que nous allons vers l’ouest. C’est la manœuvre de port qui n’est pas évidente, à deux au milieu des rafales. Mais on s’en sort bien, et dès la sortie du port, c’est parti pour la glisse ! Avec un cinquième de la surface du génois déroulé à l’avant, nous filons à 6 nœuds et quelques. Les conditions musclées nous empêchent de prendre des photos, la mer est courte, les rafales violentes, mais nous sommes impressionnés par le comportement marin de Karukera qui une fois de plus se sort très bien de ces conditions fortes. Nous dévalons les crêtes d’écume à proximité des calanques de Marseille, et les surfs intenses sont magiques alors que nous voyons apparaitre la cité Phocéenne au milieu des îles calcaires !

calanques à grande vitesse

A Marseille, nous devons rencontrer David Ben Haim, un des cofondateurs de la Charbonnerie, un futur fablab marseillais. Marin et ingénieur, nous avions déjà échangé avec lui autour de l’hydrogénérateur et la centrale de navigation. On aborde de nombreuses pistes d’améliorations possibles pour nos prototypes, et lui n’a pas tardé : il a déjà reproduit la centrale de navigation avec les données open-source disponibles sur notre Wiki (http://wiki.lab-rev.org). Nous visiterons ensuite la Charbonnerie (http://www.lacharbonnerie.com/), encore en travaux, qui deviendra un atelier participatif communautaire. Le lieu compte déjà un espace de coworking opérationnel qui fait sens : 5 amis ont besoin d’un bureau, et s’associent pour partager un lieu de travail. Puisqu’ils ont besoin de machines typiques à leurs travaux autant les partager ! Le lieu dispose donc de machines à commandes numériques, mais avant tout des machines de fabrication classiques : il s’agit d’un atelier en centre-ville où vous pouvez fabriquer, bidouiller, rencontrer ! On a hâte de voir à quoi le lieu ressemblera quand il ouvrira, et on affiche pour l’instant aucune image pour laisser place à votre imagination !

LaCharbonnerie_logo

Après un avitaillement nécessaire, nous quittons Marseille dans une bonne pétole bien en place. L’anémomètre indique 5 nœuds de vent : celui créé par notre  vitesse au moteur. Puisqu’il s’agît d’une de nos dernières étapes en Méditerranée, celle-ci nous laisse un bon souvenir de ces conditions de navigation trop souvent rencontrées ! Le dernier mouillage que nous ferons sera probablement le pire (et nous espérons qu’il le restera) des 6 mois de navigations : devant Fos-sur-mer, une anse protégée entre cargos et terminaux pétroliers marque notre entrée dans le territoire des moustiques ! Heureusement qu’il fait déjà froid car ils sont partout, et nous nous cloitrons à l’intérieur.

mouillage petit rhone

Le lendemain, on se lève, et c’est 45miles que nous devons faire au moteur pour rallier Palavas. Heureusement un peu de vent vient améliorer notre vitesse au moteur, car la brume matinale n’est pas que dans nos yeux mal réveillés. Les moustiques ont eu raison de notre sommeil, et nous fonctionnerons en quart quasiment toute la journée pour rattraper les heures perdues. C’est important car nous retrouvons le soir des amis que nous n’avons pas vus depuis quelques temps, et un peu d’ambiance festive va nous faire du bien ! On trouve tout de même l’énergie de faire le dernier prélèvement de plancton méditerranéen, et Eole, comme pour nous faire un cadeau, vient souffler une petite heure pour que nous envoyions le spi jusqu’à l’arrivée !

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Sicile – Sardaigne :  Brutus le capricieux

Après avoir déposé Yahia et Alix en Sicile, nous nous dirigeons vers Vulcano. La nav se fait en quelques heures à la voile dans des conditions très agréables. Le soir au mouillage, nous sommes surpris par des odeurs d’œufs pourris, c’est le souffre émis par le volcan encore en activité. Quand nous descendons à terre le lendemain, nous découvrons les bains de boues très réputés de l’île. Mais nous ne nous attardons pas, nous partons en début d’après-midi pour Lipari, île voisine. Là-bas, scénario habituel : les trois ports de la ville principale nous proposent des tarifs à 70€ la nuit. Nous en profitons tout de même pour faire les pleins de gazole et d’eau (avec un abruti aux commandes qui met la pression au moment où nous rentrons le tuyau d’eau par le hublot pour atteindre les cuves, résultat : inondation à bord !) et repartons rapidement pour trouver un mouillage un peu plus loin. Nous trouverons un coin très sympa devant une petite plage où se trouve un bistrot. Le gérant nous donne le mot de passe pour la WIFI, il nous assure qu’elle restera allumée toute la nuit et qu’il n’y a pas de problème pour l’utiliser. Parfait! Nous en profiterons pour mettre à jour l’administratif, comme par exemple publier l’article précédent. L’île suivante est Saline. Encore au mouillage, nous profitons d’un peu de temps libre en fin d’après-midi pour réparer le capot avant qui avait tant fui pendant la traversée Grèce-Sicile.

réparation capot avant

Nous enchaînons avec Aliduci, la dernière des îles éoliennes. En milieu d’après-midi, alors que nous naviguons au moteur, nous entendons un bruit suspect qui provient de la cale moteur. Nous ouvrons la trappe et nous constatons que l’alternateur vibre dangereusement. Un des écrous s’est dévissé et il y a un faux contact sur un câble. Cela explique nos inquiétudes quant au chargement de la batterie moteur depuis quelques jours. En regardant de plus près, on remarque que les trous aux travers desquels passent les boulons de fixation ont tellement de jeu qu’ils ont désormais la forme d’un ballon de rugby. Nous ne voulons pas prendre le risque de le remonter et nous attendons le prochain magasin de bricolage pour une réparation de fortune. Mais ce n’est pas à Aliduci que nous le trouverons. Nous regagnons tout de même le moral avec une place gratuite au quai des pêcheurs. Le lendemain nous partons aux aurores pour Ustica, une île un peu à l’ouest des Eoliennes, ce sera notre dernière escale avant la traversée. Notre réveil matinal nous permettra de profiter d’un magnifique lever de soleil sur Aliduci que nous laissons dernière nous.

Adieu Volcans

A Ustica, nous trouvons encore une place gratuite à côté des zodiacs de plongée car oui, l’île est très réputée pour ses ballades sous-marines, la quasi-totalité des touristes ne vient que pour ça. Le lendemain nous trouvons le nécessaire pour la réparation de l’alternateur : une tige filetée suffisamment longue pour reprendre l’alternateur sur deux points (et non un seul comme avant). Nous remplissons nos cuves et nous sommes fin prêt pour le départ. Le seul à ne pas être au rendez-vous, c’est le vent. Et rien ne sert de l’attendre plus longtemps, il ne se montrera pas de la semaine, alors autant y aller tout de suite car si on attend trop, c’est un coup de vent à l’arrivée en Sardaigne que nous risquons. Nous nous engageons donc sur cette folle traversée, au moteur! Comme on peut s’y attendre, l’ambiance n’est pas au beau fixe, la monotonie du moteur diesel nous casse le moral à tous. Pour échapper à l’ennui nous bouquinons, beaucoup.

petit matin

Maigre distraction dans notre traversée : une tortue de mer passe juste à côté du bateau. Nous faisons demi-tour pour la suivre un peu mais elle replonge aussitôt… Après deux nuits en mer, nous apercevons la côte sarde. Le vent se renforce peu à peu puis le ciel se couvre et c’est finalement sous une pluie diluvienne que nous approchons l’île de Tavolara.

Tavolara

Une fois l’ancre bien crochetée, nous abandonnons le navire pour une collation bien méritée au restau de la plage. Nous revenons faire une sieste à bord mais vers 19h, le vent se lève violemment et commence à nous faire chasser. Nous sautons hors de nos couchettes, démarrons le moteur et remontons l’ancre. La manœuvre n’est pas aisée car même avec le moteur à fond nous arrivons difficilement à avancer contre le vent. De plus, nous sommes rentrés sur la zone de baignade et la chaine semble emmêlée avec une bouée jaune. Par chance, l’ancre vient sans encombre et nous envoyons rapidement un peu de génois pour avoir plus de puissance. Nous louvoyons ainsi pour nous éloigner de la plage sur laquelle nous étions à deux doigts de nous échouer. Stop les mouillages, nous allons à Olbia qui est très protégée au fond d’un long chenal. Là-bas nous avons la bonne surprise de trouver un quai gratuit. Le lendemain, nous rencontrons le fab-lab d’Olbia. Ils sont en train d’organiser un évènement pour faire découvrir les technologies fab-lab aux enfants. Nous intervenons et présentons notre aventure, à l’aide d’un traducteur car notre italien n’est toujours pas à la hauteur… Nous nous retrouvons ensuite avec une quinzaine d’enfants visitant le bateau et retrouvant la même imprimante 3D que celle qu’ils avaient vue sur le stand.

fablab olbia

En parallèle de cela, nous avons remarqué que le moteur avait à nouveau du mal à démarrer. Nous suspectons un nouvel encrassage, comme à Elbe. Nous démontons donc à nouveau coude d’échappement et collecteur pour un décrassage complet.

collecteur encrassé

Olbia sera aussi le lieu de notre rencontre avec Yann et Petra. Ils naviguent depuis trois ans en méditerranée sur Nautic of Hamble, un bateau de la même taille que le nôtre. Nous passons une excellente soirée avec eux! Le lendemain, nous continuons notre route vers la France alors qu’eux, prennent leurs vélos (qu’ils stockent à l’arrière du bateau) pour une ballade dans les montagnes sardes. Nous arrivons devant Capreira, une petite île à 8 miles d’Olbia le soir. Mais le lendemain, nouveau problème moteur. L’alarme du niveau d’huile sonne sans cesse et le moteur a toujours du mal à démarrer. En plus de cela, le winch babord s’est grippé, il devient inutilisable. Nous décidons donc de faire demi-tour vers Olbia où nous savons qu’il y a tout type de service.

Après inspection, nous arrivons à la conclusion que l’huile de lubrification est pleine de saletés ce qui a conduit à l’encrassage du filtre d’huile. L’huile ne pouvant plus y circuler librement, cela amène à une baisse de pression en aval du filtre et à l’activation de l’alarme. Nous procédons donc à une vidange complète et au changement du filtre à huile.

test sonde pression huile

Nous en profitons aussi pour changer les joints de la pompe à huile qui fuyait depuis quelques temps. Seulement, commander des joints, ça prend du temps et nous ne pouvons pas attendre. Nous nous lançons donc dans la confection de joints maison à partir de briques de lait. Il suffit de découper très précisément le joint au cutter et d’ajouter un peu de pâte grise (pâte d’étanchéité spéciale pour moteur) lors du remontage.

joints maisons

vino pompe à huile

On redémarre le moteur et les problèmes d’huile semblent réglés mais le moteur ne démarre toujours pas bien. Le moteur était encrassé aux échappements mais on redoute qu’il le soit en amont notamment au niveau des soupapes. Mais pour aller contrôler cela, il faut déculasser et là, ça devient du gros chantier… N’ayant pas d’autres solutions, nous nous attelons à la tâche. Lorsque nous tombons sur les soupapes, de grands sourires se dessinent sur nos visages : le problème vient bien de là! Les soupapes sont tellement encrassées qu’elles n’assurent plus aucune étanchéité.

atelier mécanique sur Karu

soupape encrassée

Nos sourires disparaissent rapidement quand s’allongent les heures de décrassage. Vers 19h, nous remettons enfin en place le dernier cache culbuteur. Il ne reste plus qu’à démarrer, grand suspense lorsque nous tournons la clé…le moteur démarre au quart de tour! Génial! Nous le laissons tourner à haut régime avec 4% d’essence dans le gasoil pour qu’il finisse de se décrasser complètement. Ensuite nous allons fêter ça avec nos copains Yann et Petra qui sont revenus de leur tour en vélo et qui nous ont apporté un grand soutien moral pendant nos galère moteur. Un grand merci à eux!

équipaes Karukera et Nautic

Tout semble prêt pour repartir. Dernier pleins. Dernières courses. Un grand nettoyage de notre espace de vie qui s’était momentanément transformé en un véritable chantier. Et hop! Nous revoilà sur l’eau. Et à deux! Yann et Petra nous accompagnent jusqu’à Golfo Pevero, une belle petite crique à 20 miles au nord d’Olbia. Nous sommes contents de retrouver les plaisirs de la mer et de pouvoir naviguer à deux bateaux. Surtout qu’avec nos longueurs identiques, nous avançons exactement à la même vitesse.

nautic of hamble

Le lendemain, directions les îles Madalena. Le vent n’est pas favorable : 30 nœuds de face mais le plan d’eau est calme. Là encore, Yann et Petra nous accompagnent. C’est une journée difficile, nous enregistrons des rafales à 40 nœuds et il nous faut tirer des bords assez courts pour louvoyer entre les cailloux et les chenaux étroits, on se croirait en Bretagne nord!

Le lendemain, nos routes se séparent. Yann et Petra continuent vers l’ouest, direction les Baléares tandis que nous, nous retournons vers la France avec comme première étape, les îles Lavezzi.

Grèce – Sicile : le début de la fin.

Nous nous élançons de la Grèce pour revenir sur la Sicile après plus de 4 mois de navigation, et cette étape marque le début du retour de Karukera en Bretagne. Ayant engrangé plus de 3000 milles (6000 km environ) le bateau a bien souffert, et nos galères grecques – bien qu’imprévisibles – ne sont pas anormales non plus : remettre en état ce bateau de 46 ans était un de nos paris, marquant notre volonté de faire du neuf avec du vieux. Depuis le départ, nous avons eu des soucis techniques sur quasiment tous les points qui n’ont pas été traités au chantier Camoël Nautic (http://www.camoel-nautic.com/), mais jusqu’ici aucun ne nous a empêchés de continuer. Si nous décelons les points de faiblesse de notre chère Karukera, nous les renforçons, et nous continuons de plus belle ! Les prototypes nous permettent d’atteindre les objectifs que nous nous étions fixés : à bord, nous sommes autonomes en énergie, très largement.

Remettre le cap à l’Ouest marque pour nous un événement symbolique : d’une certaine manière, nous rentrons à la maison. Yahia et Alix qui nous accompagnent vont bientôt descendre, Cassandre suivra quelques semaines après eux et il n’y a pas d’autre compagnon attendu pour prendre la relève. Quant aux escales, il n’est pas prévu de visiter de nouveaux pays. Toutes ces perspectives ont forcément une répercussion sur le moral du bord, et ni les conditions de la traversée retour, ni les premières escales siciliennes ne vont nous mettre du baume au cœur.

Nous repartons donc de la Grèce aux aurores sans GPS, avec 270 miles nautiques à faire jusqu’à Messine. Les 24 premières heures sont radicalement différentes des suivantes, qui seront tout aussi désagréable. On doit tirer un grand bord de près dans de la mer agitée, pendant 24 heures. A cette allure, le bateau tape dans les vagues, et à chaque fois qu’il se plante dedans, il ralentit. On a un peu l’impression de planter des pieux avec sa tête à chacune des vagues. Cette mer n’est pas très haute, mais très courte : on va planter beaucoup, beaucoup de pieux. Et le vent souffle dur : 25-30 nœuds selon les moments. On navigue avec 3 ris (la grand-voile au plus bas), artimon souvent affalé, et seulement la moitié du génois. Comble de l’inconfort : il y a plusieurs fuites dans la cabine avant, qui est totalement trempée. Le capot n’est plus étanche, et la cloison qui sépare la baille à mouillage de la cabine laisse passer un peu d’eau.

Heureusement la mer se calme dans la nuit et nous parvenons à nous reposer. Petit à petit, nous renvoyons plus de toile et peu après le lever du soleil, le vent est clairement tombé. Brutus, notre fidèle moteur va pouvoir bien tourner : on ne l’éteindra que 3 heures jusqu’à l’arrivée ! Ces 24 heures sont certes plus calmes, mais c’est l’ennui qui prend la relève : rien à l’horizon, et une fois le linge sec, il ne reste qu’à écouter les explosions des pistons qui s’enchainent 1400 fois par minute. La fatigue se fait sentir à la fin de la seconde nuit sur Karukera.

Alix après la dernière nuit de la traversée

Olivier après la dernière nuit de la traversée

Yahia après la dernière nuit de la traversée

Nous visons le port de Messine, dans l’espoir de prendre une douche. Depuis qu’Alix est arrivé à Rome, nous n’avons pris que 3 vraies douches. C’est drôle pendant une semaine ; au bout de près d’un mois, l’inconfort se fait sentir de plus en plus. Mais arrivés à Messine, c’est le comble ! 88 euros la nuit qui seront négociés à 70, tout ça pour prendre 5 douches et faire les pleins d’eau. Violent retour en Italie : les comptes du Lab-REV ne sont plus au plus haut, il va désormais falloir faire vraiment attention.

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Nous profitons de cette escale pour faire les petites vérifications qui s’imposent sur le gréement. Nous avons bien tiré sur les câbles, il faut être sûr que tout va bien en haut.

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Pendant cette inspection concluante, nous partons à la recherche d’alternatives au GPS fixe qui a rendu l’âme en Grèce. Ces objets de haute précision coûtent 250€ ; nous n’en avons pas vraiment les moyens ! Yahia, notre informaticien de bord, va trouver une parade en connectant par WIFI le GPS de nos smartphones et la centrale de navigation que nous avions fabriquée. Et ça fonctionne !

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Une sacré économie pour ceux qui veulent naviguer avec ces précieux outils d’aide à la navigation (350€ la centrale VS 1800€ un objet similaire dans le commerce).

Nous nous remettons en route vers Scilla, le petit port en amont du détroit où nous nous étions arrêtés à l’aller : là-bas, c’est gratuit. Mais grosse désillusion en arrivant : la seule place visiteur est occupée, nous irons donc mouiller devant la plage. De nombreux déchets trainent dans l’eau, et heureusement que nous plongeons le lendemain matin car un gros morceau de plastique s’est emmêlé autour de l’hélice.

Plastique coincé dans l'hélice

Après l’avoir enlevé, nous repartons au moteur vers Milazzo d’où Yahia et Alix doivent partir. Mais un gros bruit sourd interrompt le calme de la navigation : des petits bouts de plastique étaient restés coincés dans la bague hydrolube. Cette pièce au caoutchouc sert à laisser l’arbre d’hélice tourner sans accroc, en étant lubrifiée à l’eau. Nous inspectons, et celle-ci s’est un peu décalée.

Décalage de la bague hydrolube

Pas terrible, mais nous testons le moteur après cet incident et il ne semble pas avoir plus de problème que ça. Nous revérifierons régulièrement par la suite.

Arrivés à Milazzo, c’est encore le même cirque : le premier port où nous allons nous demande 88€. Situé en pleine zone industrielle, les odeurs de gasoil nous dissuadent et nous mettons cap vers un petit port un peu plus loin. Si le cadre est plus sympathique, le tarif est délirant : 120 € la nuit. Que nous négocierons âprement à 70€.

Yahia et Alix prennent leur train le lendemain pour Palerme. Nous visons ensuite les îles Eoliennes, avec pas mal de boulot à y faire et probablement la possibilité de jeter l’ancre sans trop s’embêter avec les marinas.

Céphalonie – Levkas –Meganisi – Ithaque : galères grecques !

alix tracté annexe

Après avoir passé près d’un mois sur les côtes italiennes, jonglant entre les marinas très onéreuses tenues par des ormeggiatori parfois malhonnêtes et des restaurants où le prix à payer n’est pas toujours celui indiqué sur la carte, la navigation en Grèce est un vrai bonheur. Les bateaux rencontrés naviguent à la voile, les ports sont considérés comme un service public et la proximité entre les îles montagneuses rend le quotidien confortable. Enfin, auraient pu. Car c’est sans compter sur Murphy et sa loi de l’emmerdement maximal, qui semble s’être abattue sur nous tout au long des dix maigres journées que nous y aurons passées. Le paradoxe associant conditions de rêve et problèmes techniques, aura laissé chez nous une touche de frustration.

Arrivés à Argostoli après 60h de navigation dans les orages depuis la Sicile, nous déplaçons le bateau pour faire le plein d’eau, prendre une douche et faire les lessives. Amarrage peu commun dans les escales que nous avons pratiquées jusque-là, ici on met l’ancre dans les ports : le bateau, perpendiculaire au quai, est retenu par son ancre à l’avant et attaché par deux amarres à l’arrière. Enfin, « perpendiculaire »… Tout est une question d’interprétation et entre voisins, cela pose problème : si les chaînes des mouillages ne sont pas parallèles, l’une d’entre elle va recouvrir sa voisine. Cette considération est déjà fastidieuse sur le papier, et devient périlleuse en réalité. En clair, si celui qui arrive en dernier le soir ne part pas en premier le matin, il risque d’y avoir un problème avec les ancres. A Argostoli, au moment où nous nous apprêtons à larguer les amarres, un ferry vient se ranger sur notre bâbord et met sa chaîne sur la nôtre. Il faut donc plonger pour dégager notre ancre de la sienne, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Munis de deux grosses bouées, nous mettons 2 bonnes heures à nous sortir de là en pataugeant dans une eau de port où se jettent non seulement les eaux souillées des bateaux avoisinants, mais probablement aussi les égouts de la ville au vu de l’odeur environnante.

plonge dans les toilettes de tes voisins

paire galère Agro

Cap sur Lixouri, un petit port à proximité, où nous sommes seuls. Mais malheureusement celui-ci n’est pas aussi protégé qu’il n’y parait ; le vent et les vagues mettent en péril Karukera qui se trouve juste devant un quai. Si l’ancre dérape dans ces conditions, la poupe du navire sera abîmée sans que nous ayons eu le temps de réagir. Un policier municipal nous indiquera alors qu’on ne peut tout simplement pas s’amarrer dans ce port : les infrastructures sont en effet endommagées, probablement à cause de la faible protection des digues face au vent dominant. Nous parvenons malgré tout à obtenir l’accord d’aller se mettre sur un quai mieux protégé pour la nuit. Nous commençons la manœuvre, remettons l’ancre à poste et installons les amarres pour aborder notre nouvel emplacement. Une fois que nous serons complètement prêts, le vent tombera… Frustrant.

Nous repartons le lendemain pour Fiskardho, un port du Nord de  Céphalonie. On longe l’île toute la journée, ce qui nous vaut un assez joli spectacle, alternant plages de sable blanc et côtes escarpées.

Yukulélé à l'arrière

L’arrivée à Fiskardho nous offre un nouvel exercice d’amarrage. Les quais sont pleins, il faut donc mettre l’ancre à l’avant et frapper les amarres sur des anneaux prévus à cet effet au bord de la route. Mais on ne peut se coller à la route, faute de profondeur : 2 équipiers rejoignent donc la terre en annexe avec de longues amarres, pendant que les 3 autres font la manœuvre d’ancre. On s’en sort étonnamment bien ; être 5 à bord y contribue grandement !

mouillage fiskardo

Malheureusement, le voisin qui viendra se mettre à nos côtés a une interprétation bien à lui du parallélisme. Au moment où nous souhaitons repartir le lendemain, nous devons donc plonger pour démêler les chaînes. Si l’eau est plus claire et son ancre plus légère, la difficulté relève de la profondeur plus importante à laquelle il faut plonger. Ayant pris le coup de main, cela se fait plus vite. Mais au moment de démarrer notre cher Brutus, le moteur de Karukera, le démarreur n’enclenche pas ! Et d’ailleurs il n’enclenchera plus. Commencent alors deux journées de réparations mécaniques, dans l’atelier qui s’improvise dans le carré du bateau.

démarreur qui démarre pas

Pendant qu’une partie de l’équipage s’occupe de réparer le démarreur, une autre répare le rail de mât de grand-voile qui avait bien souffert pendant la traversée. Deux ascensions au mât, quelques vis de changées et c’est reparti pour 40 ans !

problème rail Grand Voile

réparation rail GV

Seulement, une pièce du démarreur semble HS et elle n’est pas disponible à Fiskardho : il faut aller sur l’île de Levkas pour en trouver une. Nous nous résolvons donc à démarrer Brutus à la manivelle !

démarrage manivelle

Exercice physique et fastidieux, il est plus facile de le faire sur une mer plate. Des conditions assez favorables sont avec nous et nous rallions Nidri sur Levkas sans difficulté. Nous sommes assez chanceux car nous trouvons très vite un électricien qui a la pièce. Nous souhaitons lui acheter afin de faire la réparation nous-même mais il refuse, et nous fait la réparation du jour pour le lendemain. Si l’homme est bourru et peu commode, le boulot est très bien fait ; le démarreur fonctionne à nouveau et Brutus démarre au quart de tour !

démarreur réparé à l'atelier

ça tourne!

On profite de cette escale charmante, remplie de voiliers de grand voyage qui viennent trouver des pièces détachées de seconde main assez spécifiques, ou bien simplement profiter de la tranquillité de la baie ultra-abritée qui fait face au port. Peu avant d’en repartir, c’est notre voisin qui « pêchera » notre ancre : il la remonte au bout de la sienne, et alors que nous dormions encore, Karukera se met à chasser. Heureusement assez sympathique, il replacera l’ancre en bonne position avant de repartir ; pas de plongée cette fois-ci, juste un réveil un peu difficile.

Notre voisin emporte notre ancre

Les problèmes techniques semblent résolus, et nous pouvons donc (enfin) profiter des 5 derniers jours qu’il nous reste avant de remettre le cap à l’Est ! Nous visons une baie sublime sur l’île de Meganisi, et profitons du trajet pour faire un prélèvement de plancton ainsi qu’un peu de surf sur l’annexe en se laissant tracter par le bateau.

Surf en Annexe

plancton Ionniennes

navigation dans les îles

Dans la baie des guêpes, la manœuvre est similaire à celle de Fiskardho, à un détail près : les amarres frappées à terre sont attachées aux arbres qui bordent le rivage. Mais la profondeur est importante : nous devons mettre toute la chaîne. Et peut-être trop, car nous perdons carrément le mouillage ! Après les 45m de chaîne de Karukera, il y a un bout censé rallonger de 10m la longueur de celle-ci. Seulement, ce dernier n’a pas dû être bien attaché en février/mars dernier lorsque nous avons fait l’inspection du mouillage ; il se détache et le mouillage se retrouve au fond de l’eau. Heureusement, nous avons un second mouillage à bord et nous l’utilisons pour immobiliser le bateau le temps d’effectuer les recherches sous-marines. Nous parvenons tant bien que mal à récupérer le mouillage principal, nous rangeons le mouillage secondaire et nous recommençons la manœuvre.

mouillage magnifique

Une heure après, le bateau s’est rapproché de la berge. De toute évidence, l’ancre chasse doucement : impossible de dormir ici, nous repartons. Heureusement la baie suivante propose un mouillage plus conventionnel : une ancre à l’avant et c’est tout ! La nuit sera excellente, Karukera seule sous les étoiles.

mouillage Meganisi

Nous repartons le lendemain vers Ithaque, et visons le très petit port de Frikes. Le vent est soutenu, et le bateau marche bien au près sur un plan d’eau plat ! Implanté dans une vallée, Frikes est pittoresque mais les rafales y sont violentes, allant jusqu’à arrêter le bateau alors que le moteur est à haut régime. Après avoir lutté pour avoir une place face aux autres bateaux qui sont arrivés en même temps que nous, nous finissons par s’amarrer et nous filons profiter de douches chaudes proposées par l’épicerie locale contre 3€. Les températures moyennes ont diminué en cette seconde quinzaine d’août, et nous profitons du confort de ne pas transpirer dans les minutes qui suivent cette agréable sensation de propreté !

Une option météo se dessine, et c’est déjà le moment de repartir ! Nous faisons les pleins de gasoil en marchant presque 1km jusqu’à la pompe, et nous nous faisons livrer de l’eau potable par camion-citerne, à tout de même 7€ les 100L ! Nous repartons ensuite pour Fiskardho, un bon point de départ pour la traversée, qui présente l’avantage d’avoir plusieurs supermarchés.

louvoyage Ionniennes

La manœuvre d’amarrage est encore des plus inhabituelles, et puisqu’il n’y a plus de place sur le quai, nous nous mettons dans le coin de celui-ci : une ancre à l’avant, une sur le côté, et une amarre frappée à terre. Un conseil : n’allez pas faire ces manœuvres en solitaire ! Les pleins sont faits, on récupère quelques souvenirs et nous partons vers la Sicile. Seulement lorsque nous hissons la grand-voile à la sortie du port, une bosse de ris (un cordage qui a la mauvaise habitude de pendre de la baume tant que la voile n’est pas bien hissée) vient se bloquer dans le GPS et le projette contre la cloison du cockpit : il n’affiche plus rien. Nous présumons qu’un câble s’est débranché, et faisons demi-tour vers Fiskardho. Le vent souffle fort, et la manœuvre n’est pas évidente. Au dernier moment, l’ancre se met à chasser alors que nous sommes juste à côté du quai. Le bateau tire fort sur ses amarres, et les chaumards  arrière (pièces de renvoi des amarres) cèdent. Très bien, cela fait du boulot pour tout l’équipage : pendant que certains essaient de réparer le GPS, d’autres s’occupent de réparer les chaumards.

GPS HS

Chomards HS

Seulement, le GPS semble définitivement HS et à moins de s’improviser électroniciens, nous ne pourrons le réparer. Le magasin de fournitures nautiques que nous connaissons bien propose de nous faire livrer un GPS à 1800€ quatre jours plus tard. Pas d’autres solutions en vue. Tant pis, nous traverserons sans GPS fixe puisque cela n’est pas nécessaire ; nous avons sur Karukera des GPS portables qui feront très bien l’affaire. Nous tâcherons de trouver une solution plus confortable en Sicile, et nous nous en passerons d’ici-là ! Le lendemain aux aurores, nous larguons les amarres dans une bonne brise et des conditions de mer agitée. Karukera file bien mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines ; les 24 premières heures s’annoncent rudes, à devoir tirer des bords dans de la mer formée.

départ îles Ioniennes

Stromboli – Grèce : retour en Bretagne ?

Sicile, mer Ionienne, îles Grecques, des mots qui riment avec tranquillité estivale et parasol. L’équipage de Karukera aurait-il trop regardé les cartes postales ? On n’a pas aussi souvent sorti les cirés depuis avril, ce qui a certes résolu nos problèmes d’hygiène, mais qui dit chaleur, dit orage ! L’anémomètre indiquera plusieurs fois plus de 60 nœuds de vent en dix jours ; les vents, la pluie, la grêle aurait pu décorner des centaures. De bons exercices pour l’équipage : « on envoie toute la toile ! » est souvent suivi de « on affale tout ! ».

En route vers la Grèce, nous laissons le Stromboli dans notre sillage. Il nous faut emprunter le détroit de Messine, qui sépare la botte de l’Italie de la Sicile afin de pouvoir s’élancer vers le point le plus oriental de notre périple : les îles Ioniennes. Nous visons Scylla, un petit port en amont du détroit, et marquons notre entrée dans une zone hautement mythologique. C’est à Scylla qu’une bête multi-encéphalique aurait dévoré les hommes d’équipage d’Ulysse. Touchant du bois très souvent sur Karukera, nous nous engageons confiants dans sa direction depuis Stromboli. La jolie brise d’Ouest annoncée va vite se convertir en bonne brise de Sud-Est, et nous voyons au loin des systèmes orageux, qui se dissipent cependant au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la terre. Le port de Scylla n‘est pas franchement dédié à la plaisance mais il y a un quai de ferry utilisé seulement le dimanche, auquel nous nous amarrons. Un port gratuit ! Charmant qui plus est.

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Le même type d’orage que la veille vient briser cette tranquillité le lendemain. Les vents montent à 60 noeuds, les vagues viennent de l’arrière et Karukera tire très fort sur ses amarres. A tel point que nous arrachons une bite de béton du quai, qui aurait facilement pu couler Karukera si Olivier n’avait pas libéré le bout prestement. L’épisode dure environ une heure. 7 amarres sont passées sur tous les points de fixation imaginables à la poupe, le moteur est embrayé en arrière à haut régime, un de nos taquets manque de casser et arrachera finalement une toute petite partie du pont à la place. La réparation est facile mais nous sommes trempés, et nous prenons plaisir à prendre un thé chaud au cœur de l’été. On rangera peut être un peu trop bien les cirés suite à cet épisode.

ciré scylla

Nous repartons le lendemain en direction de Reggio di Calabria, un port très cher mais qui offre de nombreux services. Il faut faire les pleins avant de traverser. Une rencontre inattendue se produit avec Saverio, un personnage qui fait partie du paysage de la ville. Taxi, accastilleur, mécano, fabricant de vin, de fromage et de saucisson, pourvoyeur de tout type de services variés et bien entendu négociateur hors pair, Saveiro est connu internationalement pour son activité indescriptible. Les guides nautiques en parlent, et il connait bien les bateaux qui sont là à l’escale. Il se vante d’avoir été l’ami de Florence Arthaud, contant des anecdotes festives sur la petite fille de l’Atlantique. Il nous embarque dans son repère, où nous découvrons que location de voitures et de planches à voiles fait aussi partie de ses activités. En nous amadouant avec un bon coup de blanc bien frais, nous repartons avec une meule de parmesan et quelques saucissons. Le lendemain, il ira même poster nos cartes postales pendant que nous retirons de l’argent à la banque, avant de nous emmener au supermarché. Il nous attendra capot ouvert sur une place interdite au stationnement, prétextant une panne pour pouvoir y rester sans encombre.  Nous rembarquons quelques-uns de ses délicieux saucissons, et un peu de vin rouge. Il est temps de larguer les amarres avant d’être ruiné.

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500 km et environ 60h de navigation prévus pour aller en Grèce, le vent de Sud modéré nous laisse penser à une fenêtre météo idéale. Et la première journée l’est ! On en profite pour imprimer les boutons de notre gazinière qui étaient vraiment fatigués.

boutons four 3D

Etant 5 à bord, la première nuit de quart n’est pas très éprouvante. Au loin, on voit des orages qui illuminent l’horizon. Mais nous restons en bordure. Le vent fera un petit demi-tour lorsque nous nous rapprocherons trop de la masse orageuse. Cet épisode nous ralentira un peu, mais sans réelle répercussion sur la vie du bord. La seconde journée se déroule bien : nous filons bon train toutes voiles dehors, et nous engrangeons bien les milles. Mais en fin de journée, l’air est lourd, le vent faiblit un peu. Et les premiers éclairs apparaissent dès la tombée de la nuit. Ils nous accompagneront toute la nuit. Nous sommes cernés par de gros cumulonimbus que nous ne distinguons que grâce aux éclairs. La densité des flashs lumineux fait penser à une séance de photo-shooting, la légèreté et les boissons fraiches  en moins. Si les éclairs sont évidemment le plus gros risque pour un voilier, ils n’ont cependant qu’une très faible chance de se produire ; nous attachons malgré tout une chaîne à nos haubans au cas où, de telle sorte que la foudre puisse rejoindre la mer sans trop abîmer le navire. Mais on ne se rapprochera pas à moins de 3 km du coup de tonnerre le plus proche ; nous sommes assez chanceux. Nous la provoquons un peu aussi, en zigzaguant beaucoup, jusqu’à faire un détour de 15 km pour éviter un de ces énormes nuages en forme d’enclume.

éclairs

Plusieurs fois dans la nuit, nous subirons les rafales à proximité des gros grains tellement sombres qu’ils restent visibles dans la nuit noire. Le vent effectuera un nombre de rotation impressionnant au cours de ces épisodes, et l’anémomètre mesurera jusqu’à 60 nœuds. De quoi roder l’équipage : on doit affaler toutes les voiles à de nombreuses reprises, les renvoyer dans le calme plat qui suit habituellement ces forts coups de vents, et recommencer. Accompagnées d’une chaleur étouffante, les conditions sont vraiment idéales pour reposer le corps et l’esprit des marins. Les lampes frontales sont de sortie pour y voir quelque chose au milieu de cette nuit défrisante. Puisqu’il faut bien rire, on fait une petite guirlande autour du compas.

mode frontales

Mais le jour se lève, et la couverture nuageuse épaisse aura un mérite. La fraicheur de l’aurore reste en place pendant de longues heures. On se repose à bord, et pendant que le quart dormant engrange de précieuses heures de sommeil, le quart manœuvrant a le temps de réviser son vocabulaire pluviométrique. Bruine, crachin, averses, ondées : la variété en est tout aussi étonnante que déroutante. Alors que nous abordons l’ultime étape du périple, et tandis que nous pensons à la sublime météo bretonne qui nous attendra à l’arrivée mi-novembre, qu’est-ce que cette pluie vient nous rappeler ? Probablement que les prévisions en Méditerranée peuvent être encore plus fausses que celles des situations rencontrées auparavant.

Alix ciré

Mais cette épreuve se termine,  et le sourire revient. Les îles grecques sont en vue !

arrivée en Grèce!

Nous devons faire le check-in avec les services d’immigration dans un des ports d’entrée du territoire grec : Argostopolis. Sur Céphalonie, la première des escales semble envoûtante : la nuit ne coûte que 12€, et offre les mêmes services que les ports italiens qui sont eux 4 fois plus chers. Un supermarché à 50 mètres du bateau, un marché à 250, et de nombreux kebabs dans les rues adjacentes au port. Tout ce que l’équipage recherche après quelques nombreuses semaines en Italie et une traversée pas évidente. Nous avons dix jours en Grèce pour en profiter avant de mettre cap sur la Sicile. Quelques soucis techniques nous attendent, mais on prendra une bonne douche sur le quai au milieu d’Argostopolis avant de s’en apercevoir.

douche lessive Agropolis

Ponza – Stromboli : à quand la douche ?

panoramique Stromboli

Hygiène, Hygiène, comme tu nous manques ! Impression réelle d’être collants, draps teintés de sueur, de crème solaire, de produit anti-moustique. Non, il n’y a ni douche ni machine à laver sur Karukera. Il faudrait l’expliquer aux ormeggiatori, les gérants des ports avec qui la négociation est souvent de mise. Il faut aller au bar pour aller aux toilettes, se laver en maillot à l’eau douce sur les pontons. On a aussi un savon à l’eau de mer et des douches solaires pour se rincer, mais il s’agit plus de toilette de chat. Bilan : on pue un peu, mais pas trop !

Naviguer à la voile, c’est vraiment très agréable. Un détail qui a son importance quand on fait le tour de Méditerranée ! Nous rallions donc Ventotene depuis Ponza dans des conditions parfaites : mer plate, brise modérée. En plus de faire avancer le voilier, elle apporte une fraicheur délectable. L’ambiance à bord est excellente, et l’arrivée sur l’île, en plus d’être belle, a le mérite d’être comique ! Il y a deux ports à Ventotene, et ils sont voisins. En arrivant devant le premier port, un zodiac avec deux ormeggiatori du second port viennent nous attiser ; leur port est, comprenez le, le meilleur. Un petit coup de négoce, et hop le prix passe de 50 à 25€ la nuit. Avec eau douce. C’est le moment où un second zodiac vient nous chercher pour nous vendre les mérites du premier port. Pas de bol, le gars n’est pas très convaincant ! Nous arrivons donc dans le superbe port antique (fabriqué par Agrippa pour que Julia -la fille de César- puisse y recevoir ses amants), il faut renégocier : oui, on est sûrs de s’être dit 25 et non 30 pour la nuit. Il cèdera car on propose de boire des bières dans son restaurant. L’île est vraiment sympathique, assez épargnée par les touristes, et nous repartons le lendemain vers la baie de Naples.

Ventotene

Sur la route, on constate que le rail de grand-voile (la pièce métallique qui permet de jouer sur l’ouverture de la voile) est en train de s’arracher sur sa partie tribord. On installe un bout qui fera office le temps de réparer. Les conditions sont calmes, et on démonte le rail sous spi.

démontage rail GV

Problème rail grand voile

démontage rail GV 2

Spi qui nous porte vers la baie de Naples. Les îles de Procida et Ischia où nous nous arrêtons sont sublimes, mais l’eau est sale. On plonge souvent en apnée pour vérifier le mouillage, et à Ischia c’est un mélange sable/canettes/serviette hygiénique/mégots qui retient l’ancre. Quelle tristesse : il n’est même plus agréable de se baigner compte tenu du nombre de particules en suspension dans l’eau. Ces zodiacs et autres vedettes rapides à moteur qui filent à vive allure au milieu du mouillage ont, il faut le dire, une certaine tendance à nous exaspérer ! Les hostilités finissent vers 2-3h la nuit, et recommencent au petit matin. On en viendra même à saluer les bateaux à moteur qui entrent au mouillage au ralenti, sans faire trop de vagues, ni prendre le risque de coincer un nageur dans son hélice.

On se met en route vers Naples, mais tous les ports sont blindés. Pas une seule place ! Finalement, on va à Torre del Greco, une ville limitrophe de Naples. On a un peu l’impression d’atterrir à Cergy-Pontoise alors qu’on avait prévu de découvrir Paris. On relativise : c’est juste à côté de Pompéi, une visite qu’on voulait faire aussi, et entre autres le Cergy Napolitain est à vrai dire assez charmant ! L’escale au port est plus que bienvenue : longue est la tasklist sur Karukera. On remonte le rail de grand-voile, et surtout on entreprend un grand nettoyage !

nettoyage des fonds

remontage rail GV

Mais dans les fonds, il y a notre vache à eau. Cela n’a rien à voir avec un bovin qu’on aurait pu emmener sans vous en parler. C’est une grosse outre, notre réserve d’eau à bord. Et elle est sale, à l’intérieur aussi. Cette eau, qui n’est pas pour la boisson mais pour la cuisson/vaisselle, a un peu trop stagné dans la vache. On stérilise donc cette grosse gourde à l’aide d’un produit adapté.

stérilisation cuve à eau

Olivier peut donc reprendre son tour de vaisselle !

olivier à la vaisselle

Après cette escale technique, on vise les Eoliennes, cet archipel qui compte deux volcans actifs. A plus de 100 miles de Capri où nous avons fait un bref arrêt, il faut faire une nav’ de nuit pour s’y rendre. Le vent nous accompagnera jusqu’à minuit, et nous finirons la navigation au moteur. Au petit matin, on voit le volcan Stromboli apparaître et des dauphins viennent jouer autour du bateau !

dauphins Stormboli

Stromboli est le second volcan le plus actif du monde. Il régule son activité par sa régularité au lieu d’engranger de l’énergie et de la dissiper violemment. C’est plutôt une bonne idée, car on a prévu de mouiller à son pied. Le sable où l’on jette l’ancre est noir, et les poissons qui séjournent dans ces eaux sont étranges et inconnus !

poisson Strombolesque

On voit les éruptions se produire régulièrement, mais elles sont de l’autre côté du volcan, le col nous masque le cratère. On s’organise une petite randonnée avec un guide. Le sommet est tout de même à 900 et quelques mètres. L’ascension se finit dans la nuit, l’idée étant de voir la lave rouge jaillir. Le spectacle est assez impressionnant !  Tellement qu’on décide de rester un jour de plus !

Ascension du stromboli!

Le lendemain soir, on va mouiller au pied de la Sciara (le chemin qu’emprunte la lave), le temps de diner. On se sent tout petit au pied de ce monstre, et on quitte le mouillage pour retourner dormir de l’autre côté de l’île.

stromboli éruption

Nous en sommes à un peu plus de la moitié du parcours. On fait un peu le point. Alix et Yahia doivent débarquer fin août : où ? Avec le retard engrangé au début du périple dû aux problèmes moteurs et la nécessité d’être rentrés en Bretagne avant l’hiver, on sait qu’il va falloir réduire le parcours depuis un moment. C’est le moment de prendre une décision. L’équipage a vraiment envie d’aller en Grèce, point le plus oriental du périple. On ne pourra pas aller jusqu’au Cyclades, ni emprunter le canal de Corinthe. On vise les îles Ionniennes. Malheureusement, la météo est exécrable pour dix jours : sans vent, comment faire la traversée vers la Grèce ? On va devoir attendre encore un peu avant d’y aller ; il est hors de question de faire 48h de moteur pour traverser. On doit donc faire une autre concession : la Tunisie. Le périple est écourté, certaines escales annulées, les billets retour de nos camarades réservés. Déception évidente, mais il était à prévoir que notre programme ait à évoluer ! On va essayer de profiter un maximum de la Grèce : nous mettons cap sur le détroit de Messine qui sépare l’Italie de la Sicile pour se rapprocher de la Grèce. Dès que les vents souffleront, nous repartirons !

Olivier fait le koala sur la bôme